Losc : Les difficiles relations entre Bielsa et Campos devant les prud’hommes

FOOTBALL L’entraîneur argentin, Marcelo Bielsa, licencié du Losc en novembre 2017, a donné sa version des faits lors de l’audience des prud’hommes, à Lille

Gilles Durand

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L'entraîneur argentin, Marcelo Bielsa.
L'entraîneur argentin, Marcelo Bielsa. — Michael Regan/AP/SIPA
  • Plus de trois ans après son licenciement pour faute grave du Losc, l’entraîneur argentin Marcelo Bielsa veut toujours régler ses comptes avec le club nordiste.
  • Lors de l’audience, il a évoqué ses mauvaises relations avec Luis Campos, conseiller sportif de Gérard Lopez, alors président du Losc.
  • Il réclame environ 18 millions d’euros au Losc, au nom d’un pré-contrat signé en février 2017 entre Gérard Lopez et lui.

« Je n’ai jamais réussi à parler de foot avec Luis Campos, ça ne l’intéresse pas. Seule la partie commerciale l’intéresse ». Lors de l’audience aux Prud'hommes de Lille, ce vendredi, l’ex-entraîneur du Losc, Marcelo Bielsa, n’a pas mâché ses mots pour dire tout le mal qu’il pensait du conseiller sportif de Gérard Lopez, à l’époque président du Losc.

Voilà trois ans qu'« El loco » (surnom du coach argentin) ne s’était pas exprimé directement sur son licenciement du Losc, en novembre 2017 pour faute grave. Licenciement qu’il conteste en réclamant aujourd’hui environ 18 millions d’euros de préjudice. Y a-t-il eu faute grave ou non ? Ce sera aux juges des prud’hommes de trancher. Décision le 2 juillet.

Un pré-contrat contesté

En attendant, dans ce litige qui l’oppose depuis trois ans au club nordiste, Marcelo Bielsa a évoqué sa version des faits, en direct, par visioconférence depuis Leeds, la ville anglaise où il entraîne actuellement.

Et au détour de la bataille d’arguments juridiques évoqués par les deux parties, on en a surtout appris un peu plus sur les coulisses du football. Ainsi, avant de signer son contrat, en juillet 2017, Marcelo Bielsa avait négocié un pré-contrat, cinq mois plus tôt, en février, avec le président du Losc de l’époque, Gérard Lopez.

Dans ce pré-contrat, il était prévu que, même en cas de licenciement, Marcelo Bielsa et ses adjoints touchent la totalité de leurs salaires sur deux ans, soit 8,5 millions. L’accord prévoyait aussi la mise à disposition du club d’une Audi 8 pour l’entraîneur et un DS4 Citroën pour chacun de ses quatre adjoints, et d’autres avantages en nature. Rien de bien surprenant.

Le transfert qui a fâché « El loco »

Mais dans sa plaidoirie d’une vingtaine de minutes, Marcelo Bielsa est avant tout revenu sur ses relations avec Luis Campos – qui n’avait, par ailleurs, aucune fonction officielle au Losc – puis il a évoqué les conditions dans lesquels il a œuvré pendant quatre mois et demi. Et là, ça décoiffe un peu.

« Nous avons travaillé ensemble avec Luis Campos sur le recrutement, raconte Marcelo Bielsa. Il me proposait trois joueurs à chaque poste, soit 33 joueurs et on se mettait d’accord sur un choix. Il fallait définir le remplaçant avant de transférer un joueur qui était au club. Mais aucun des 33 prévus n’est venu à Lille. Il a fallu chercher la 4e, 5e, voire 8e option. »

Selon lui, le club avait prévu, en parallèle, de récupérer 45 millions grâce aux transferts. « En réalité, ils n’ont empoché que 15 millions, c’était déjà un problème pour mener à bien le projet ». Et c’est le transfert de l’attaquant Nicolas de Préville qui a fâché « El loco ».

Réunion avec les joueurs, sans Bielsa

« Pour le remplacer, Campos me proposait un joueur moins bon qui coûtait 50 % plus cher que de Préville. Je lui ai dit qu’il valait mieux attendre le mercato d’hiver. Campos m’a dit : "On ne peut pas attendre. Le crédit dont on dispose ne peut être utilisé que maintenant. En décembre, nous ne serons plus autorisés à recruter par la DNCG [le gendarme financier du football]." J’ai compris que le projet de finir dans les cinq premiers allait devenir celui de se battre pour le maintien. »

Les relations entre les deux hommes ne vont, dès lors, cesser de se dégrader. Les résultats sportifs se dégradent et les relations se tendent. Le 22 octobre, le président Gérard Lopez demande à son entraîneur de collaborer avec Luis Campos. Extrait de la réponse par SMS : « Bien que les chances de communiquer avec lui soient nulles, je me comporterai de manière civilisée en sa présence ».

Pourtant, la situation va se gâter lorsque le conseiller du président revient à Lille, début novembre, après deux mois d’absence. Ce dernier organise une réunion avec les joueurs lillois, dans le dos de Bielsa. « Il a critiqué ma gestion pour me déstabiliser et dresser les joueurs contre moi », se plaint l’entraîneur.

« Comment peux-tu dire bonjour à un tel bandit ? »

Quelques jours plus tard, une réunion est organisée entre Marc Ingla, le directeur sportif du Losc, Luis Campos, Marcelo Bielsa et son adjoint Pablo Quiroga. Cette fois, c’est Me Bertrand Wambeke, avocat du Losc, qui raconte. « En entrant, Quiroga dit bonjour à Campos. Il se fait tancer par Bielsa : "Comment peux-tu dire bonjour à un tel bandit ?" ». La discussion s’envenime. « Luis Campos se lève et lorsqu’il passe à hauteur de Bielsa, il lui pose un doigt sur l’épaule en lui disant "Tu répondras de ce que tu viens dire devant un tribunal". C’est Quiroga qui a empêché Bielsa de frapper Campos », affirme Me Wambeke.

La version de Marcelo Bielsa est tout autre. Il assure que c’est Luis Campos qui a voulu le frapper. Une assistante de direction, dans la pièce voisine, témoigne avoir entendu des éclats de voix sans pouvoir confirmer les propos prétendument tenus, ni arbitrer les deux versions.

Le 20 novembre 2017, le Losc est défait à Amiens 3-0 et plonge à l’avant-dernière place du classement. Deux jours plus tard, le 22 novembre, vers 22 heures, le Losc annonce officiellement « suspendre » son entraîneur. Le hic, c’est que Marcelo Bielsa n’a pas voulu accepter le recommandé apporté par huissier à son hôtel, deux heures plus tôt. Il n’est donc pas officiellement au courant de sa mise à pied. Le combat judiciaire peut commencer.