Nord : Pourquoi Cambrai est longtemps restée l’une des villes les plus fécondes de France ?

RECENSEMENT Le taux de natalité exceptionnel de Cambrai a permis à la ville d’échapper jusqu’alors à la baisse de sa population

Gilles Durand

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La mairie de Cambrai.
La mairie de Cambrai. — Google Maps
  • Dans le Nord, toutes les grandes villes qui échappent à l’influence de la métropolisation de Lille ont perdu des habitants lors des dix dernières années, sauf Cambrai.
  • La ville profite d’un taux de natalité qui est resté exceptionnel jusqu’aux années 1990.
  • L’identité catholique très forte a certainement joué dans la fertilité du territoire.

L’exception qui confirme la règle ? Dans le Nord, toutes les grandes villes qui échappent à l’influence de la métropolisation de Lille ont perdu des habitants lors des dix dernières années. Toutes, sauf une : Cambrai. Pourquoi la cité des Bêtises, ce célèbre bonbon mentholé, est-elle restée si attractive ? Ou existe-t-il une autre explication ? 20 Minutes a mené l’enquête.

Très vite l’hypothèse d’une attractivité inédite s’est évanouie. Pour le géographe Laurent Chalard, spécialiste du phénomène de métropolisation, Cambrai n’échappe pas au phénomène migratoire qui tire la population nordiste vers la métropole de Lille, mais elle a une particularité. « Cette ville maintient sa population stable car elle a la caractéristique d’être une des plus fécondes de France », explique-t-il.

Un taux de natalité de 21,9

De fait, en se penchant sur les statistiques de l’Insee, on s’aperçoit que le taux de natalité a été longtemps beaucoup plus important à Cambrai qu’en France métropolitaine. Il y a cinquante ans, ce taux atteignait 21,9 enfants pour mille habitants quand la moyenne nordiste plafonnait à 19,4 et la moyenne française à 16,6. A Cambrai, on fait des bêtises… Et des enfants.

Dans les années 1990, la fertilité cambrésienne s’est alignée sur celle du Nord avant de descendre à un taux de natalité de 12,2 lors de la dernière décennie, soit l’équivalent de la moyenne nationale.

Cependant, cette natalité florissante permet encore à cette ville moyenne d’environ 32.000 habitants de maintenir sa population lors des dix dernières années, alors que les voisins Douai ou Maubeuge ont vu la leur décliner d’environ 2.700 habitants, dans le même temps. Un phénomène qu’on retrouve dans la quasi-totalité des villes moyennes en France.

Une identité catholique très forte

Reste à savoir pourquoi Cambrai était aussi prolifique jusqu’au début du XXIe siècle. La réponse se trouve, comme souvent, dans l’histoire du territoire. « La ville a une identité catholique très forte, explique Gérard Domise-Pagnen, généalogiste au sein de la Société d’émulation de Cambrai. A partir de 1502, elle est longtemps restée un archevêché puissant qui s’étendait jusqu’à Anvers, en Belgique. Aux XVIIIe et XIXe siècles, il arrivait qu’un tiers des hommes était lié à une activité religieuse. »

Sous entendu, les autres devaient faire beaucoup d’enfants pour compenser. Et l’ancrage catholique a perduré au-delà de 1904, date de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, préservant cette tradition de faire beaucoup d’enfants. Selon le généalogiste cambrésien, « il n’était pas rare d’en avoir 10 à 12 par famille, voire jusqu’à 18, avant la Seconde Guerre mondiale ».

Aujourd’hui, l’influence du catholicisme s’est estompée. Et lors de la prochaine décennie, la ville de Cambrai risque de voir, à son tour, fondre ses effectifs. Comment le maire appréhende-t-il ce risque ? Contacté, il n’a pas souhaité donner suite.