Nord : Va-t-on vers une pénurie de Carambar, à cause de la fermeture de l'usine de fabrication ?

SOCIAL Dans le Nord, les salariés de Carambar dénoncent les modalités de transfert de leur usine et les pertes de salaire

Gilles Durand

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Illustration de Carambar.
Illustration de Carambar. — Allili Mourad / SIPA
  • Depuis l’annonce, en novembre, de la fermeture de l’usine Carambar de Marcq-en-Barœul, dans le Nord, les débrayages se multiplient.
  • Les stocks de bonbons diminuent de semaine en semaine, selon les syndicats.
  • Les salariés dénoncent la perte de salaire qu’ils subissent avec le transfert de leur activité vers une autre usine.

Les salariés ne goûtent guère à ce qu’ils appellent « une mauvaise blague ». Depuis le 12 novembre 2020, date de l’annonce de la fermeture de l’usine de Marcq-en-Barœul, dans le Nord, les débrayages se multiplient chez Carambar. Au point que les stocks du célèbre bonbon au caramel baissent dratisquement, selon les syndicats. Comment en est-on arrivé là ?

Installée depuis 1899, l’usine – qui fut d’abord une chocolaterie –, avait souvent changé de propriétaires, mais jamais d’emplacement. Le bonbon aux fameuses blagues y est produit depuis sa création en 1954. C’est donc une page de l’histoire de la confiserie qui se tourne avec cette fermeture.

Huit kilomètres entre les deux usines

L’objectif pour Carambar & Co est simple : regrouper la fabrication sur le site de Lutti, racheté il y a deux ans sous l’égide de la société d’investissement Eurazeo qui regroupe plusieurs enseignes de confiseurs. Le niveau de production doit rester le même et seulement huit kilomètres séparent les deux usines, mais ce sont les modalités de ce « transfert » qui ont mis le feu aux poudres chez les syndicats.

L'usine Carambar de Marcq-en-Barœul.
L'usine Carambar de Marcq-en-Barœul. - G. Durand / 20 Minutes

« Ça aurait dû être un simple transfert, or la direction en profite pour baisser tous les salaires de presque 25 % », dénonce David Pourre, délégué FO chez Carambar. Comment ? « Les 114 salariés de Marcq-en-Barœul sont licenciés du site de Marcq-en-Barœul, puis reclassés sur celui de Bondues, mais avec un nouveau contrat », explique-t-il.

Résultat, les négociations sur ce plan de fermeture, qui doit être effectif à la fin de l’année, stagnent depuis deux mois. « Chaque fin de semaine, il y a un mouvement de grève car la direction campe sur ces positions », assure David Pourre. Selon lui, les stocks de confiseries s’amenuisent de semaine en semaine car Marcq-en-Barœul est la seule usine où ces bonbons sont fabriqués.

Allocation dégressive temporaire

Se dirige-t-on vers un monde sans Carambar ? « Ça va bloquer tant que les salaires ne seront pas maintenus, annonce le délégué syndical. Une allocation dégressive temporaire a été proposée, mais c’est loin d’être suffisant. »

Le 11 janvier, une réunion de médiation a eu lieu avec la direction du travail (Direccte) pour tenter de sortir de l’impasse. « Après avoir nié la perte de revenu de 22 % occasionnées par le transfert, la direction du groupe a enfin fini par reconnaître une baisse des salaires devant les représentants de l’Etat, tout en continuant à la minimiser », indique, dans un communiqué, le député (LFI) du Nord, Adrien Quatennens, qui soutient les salariés.

Selon l’élu, « le directeur de la Direccte a alors jugé insoutenable le niveau du manque à gagner et a demandé à Carambar & Co de mettre en place un dispositif pour pallier cette perte de salaire ». Contactée par 20 Minutes, la direction de Carambar n’a pas donné suite.