De battre le pavé, nos deux coeurs...

Gilles Durand

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Dans la famille manifestant, demandez le père, la mère... et parfois les filles. Syndiqués à l'Unsa, Rudi Cardot et sa compagne Corinne Delcroix ne manquent jamais une grève. Hier, ils se retrouvaient donc, comme d'habitude, dans le cortège.

Mais avec deux enfants, il faut s'organiser. Avec sa responsabilité de secrétaire départemental, Rudi Cardot doit se charger de la logistique. Dès 9 h, rendez-vous à la Maison des enseignants, rue Jean-Baptiste-Lebas. A deux pas du point de départ de la manifestation de l'après-midi. Trier les drapeaux, gonfler le ballon syndical, maquiller le véhicule loué pour l'occasion... Une matinée bien chargée.

« C'est le plaisir de se retrouver ensemble qui nous motive », avoue Rudi. Pour Corinne, c'est l'occasion de retrouver ses collègues du Réseau d'aide spécialisé aux élèves en difficulté (Rased). Même si elles ne sont pas toutes syndiquées, « elle préfère manger avec ses copines qu'avec nous », sourit Rudi. Lui, partagera le repas avec l'aînée de ses filles, Marine. A 10 ans, elle participe à sa troisième manifestation : « Que des grands, c'est pas drôle. » Pourtant, trois heures plus tard, au coeur du défilé, Marine ne pense plus à rentrer. Elle danse sur la camionnette syndicale transformée en car-podium. Une camionnette qui a bien failli rester bloquée dans les embouteillages. Sueurs froides. Faire la circulation pour laisser passer un véhicule de grévistes. C'est Rudi qui s'y colle. Idem lorsqu'il faut empêcher un groupe de s'insérer au milieu du cortège Unsa.

Au fur et à mesure que les militants arrivent, le soulagement se lit sur les visages. Rudi, tout sourire, compte ses troupes. Tel un homme politique en campagne, il serre des mains, tape la bise, entame un bout de discussion à droite à gauche. Corinne vient de le rejoindre après avoir ouvert la manifestation en compagnie des grévistes du Rased. Elle ne quittera plus Marine. « Dès qu'elle en aura marre, je rentrerai. » « En plus, l'institutrice de Nina, la plus petite, ne fait pas grève, alors il faut la récupérer tout à l'heure », regrette Rudi. Et Corinne de plaisanter : « Ce soir, on va devoir la consoler car c'est quand même la seule à avoir travaillé. » ■