Coronavirus à Lille : Le port du masque incite inconsciemment au rapprochement physique

EPIDEMIE Une enquête menée par des chercheurs lillois montre que certains gestes barrière peuvent en mettre d’autres en péril

Mikaël Libert

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A Lille, dans certains endroits, on porte obligatoirement le masque dans la rue.
A Lille, dans certains endroits, on porte obligatoirement le masque dans la rue. — M.Libert / 20 Minutes
  • Des chercheurs lillois ont mené une étude nationale sur l’influence du port du masque sur les autres gestes barrière.
  • Les résultats montrent que la distanciation physique est moins respectée en présence de personnes portant un masque.
  • Les scientifiques insistent pourtant sur le fait que tous les gestes barrière sont indispensables pour endiguer la propagation du virus.

Les porteurs de masques sont-ils trop confiants ? Une équipe de chercheurs du CNRS de Lille vient de publier les résultats d’une étude sur l'influence du port du masque sur les autres gestes barrière. Après avoir sondé près de 500 personnes partout en France, il est apparu que les personnes portant un masque avaient tendance à oublier la distanciation physique. Explications.

Les gestes barrière constituent un tout indivisible. Pris séparément, le lavage des mains, le port du masque et la distanciation physique ne constituent pas une protection optimale face à l’épidémie. Et pourtant, parce que l’humain est soumis à des facteurs émotionnels et psychologiques, la raison et le rationnel passent parfois à la trappe. Les chercheurs lillois ont donc soumis 457 adultes, dont 323 femmes, à un test en ligne.

La colère est bonne pour la distanciation physique

Les sondés se voyaient présenter des personnages soit masqués, soit avec une expression particulière (neutre, heureuse ou en colère), chacun étant associé à une distance comprise entre 28 et 140 cm. A chaque fois, les sondés devaient juger si la distance entre eux et un personnage était appropriée ou non pour l’interaction sociale. Ils devaient aussi déterminer si chaque personnage était menaçant, déterminé ou digne de confiance.

Exemple de personnages présentés aux sondés.
Exemple de personnages présentés aux sondés. - SCALab - CNRS

En moyenne, la distance jugée appropriée pour une interaction sociale est de 77 cm. Sauf que la donne peut changer radicalement en fonction des expressions ou avec un masque. Selon les chercheurs, la distance moyenne appropriée face à une personne masquée n’est que de 67 cm. Et elle bondit à 83 cm lorsque les sondés se retrouvaient face à un personnage en colère. Si l’on en croit l’étude, avoir une tête des mauvais jours vous permet de maintenir une distanciation physique acceptable, proche de celle recommandée par les scientifiques.

Yann Coello, directeur du SCALab au CNRS, qui a mené cette étude avec son équipe, explique que « le port du masque induit une amplification de la confiance spontanément accordée aux porteurs de masques et du sentiment de sécurité ». C’est néanmoins un facteur psychologique qui met de fait en péril le respect de la distanciation physique, « geste barrière également fondamental », précisent les chercheurs. L’être humain est ainsi fait et, pour contrer cette réaction naturelle, les scientifiques préconisent de mettre un « accent sur la distanciation sociale pour éviter des conséquences néfastes sur la santé. »