Nord : Deux tableaux du XIXe siècle retrouvés, après avoir disparu plus de 70 ans

PATRIMOINE Grâce au travail de conservateurs nordistes, deux peintures oubliées dans le grenier d’un musée, ont pu être retrouvées et identifiées

Gilles Durand

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Une partie du tableau d'Henry-Eugène Delacroix, "Le supplice réservé aux dissipateurs", peint en 1875, dans son état actuel.
Une partie du tableau d'Henry-Eugène Delacroix, "Le supplice réservé aux dissipateurs", peint en 1875, dans son état actuel. — CAPH
  • Deux œuvres viennent de refaire surface, après avoir disparu pendant plus de 70 ans, dans le Nord.
  • Ces tableaux ont été identifiés par l'équipe des conservateurs de la communauté d'agglomérations de la Porte du Hainaut.
  • Après leur restauration, ces toiles de plus de quatre et trois mètres de hauteur, qui appartiennent au musée de Cambrai, pourront de nouveau être présentées au public.

Ce ne sont pas des tableaux de maître, mais ils auront une histoire à raconter. Deux œuvres viennent de refaire surface, après avoir disparu pendant plus de 70 ans. Après leur nécessaire restauration, ces toiles de plus de quatre et trois mètres de hauteur pourront de nouveau être présentées au public.

L’histoire commence en 1947. Après la guerre, pour relancer le musée d’Anzin, près de Valenciennes, dans le Nord, le conservateur du musée de Cambrai y met en dépôt 19 tableaux de sa collection. « Personne ne se souvient ni ne sait si ces tableaux ont été exposés à Anzin. Il est probable qu’ils ont été décadrés et roulés pour le transport et sont restés dans cet état », raconte l’équipe des conservateurs de la Communauté d’agglomérations de la Porte du Hainaut (CAPH).

Fermeture du musée d’Anzin

Vingt ans plus tard, le conservateur de Cambrai récupère son bien, mais il manque deux toiles. Considérées comme perdues, elles sont inscrites comme telles à l’inventaire du musée de Cambrai. « A l’époque, les échanges et les accords entre conservateurs se faisaient oralement, ce qui expliquerait l’absence de recherche », explique Philippe Gayot, conservateur en chef au CAPH. Fin du premier acte.

Changement de siècle et en 2011, le musée d’Anzin, qui avait égaré les deux tableaux, doit fermer ses portes au public. Les collections finissent, quatre ans après la fermeture, par être transférées dans les réserves de celui de Saint-Amand-les-Eaux.

Cette même année 2015, le recollement décennal des œuvres est effectué par l’équipe de conservation de la CAPH, désormais chargée de l’inventaire des collections des musées sur son territoire. Et surprise, deux tableaux inconnus sont découverts.

Signées Delacroix

« Après plus de 70 ans passés dans des conditions précaires et d’humidité au fond du grenier du musée d’Anzin, ces toiles restent relativement en bon état malgré les vernis noircis et les images difficilement lisibles », raconte Philippe Gayot. Reste à les identifier.

En dépliant les toiles, un détail fait frémir les conservateurs. Elles sont signées Delacroix. Mais pas Eugène, l’auteur de La liberté guidant le peuple. « On en a eu des frissons », se souvient Philippe Gayot. En fait, les tableaux ont été peints par Henry-Eugène Delacroix, un artiste nordiste, né à Solesmes, près de Cambrai, en 1845.

Des œuvres de l’art pompier

Grâce aux catalogues des « œuvres disparues » de l’association des conservateurs des musées des Hauts-de-France et le travail d’enquête mené par la CAPH, le recoupement est finalement effectué en 2018. Il s’agit bien des deux œuvres manquantes du musée de Cambrai : Le supplice réservé aux dissipateurs, peint en 1875, et Prométhée consolé par les Océanides, réalisé en 1877.

« Henry-Eugène Delacroix appartient au mouvement appelé l’art pompier, note Philippe Gayot. Il était très connu à son époque, puis est tombé dans l’oubli, avant de retrouver une petite célébrité ces dernières années ». Un peu comme ses deux toiles que le musée des Beaux-arts de de Cambrai doit récupérer officiellement, ce jeudi.