Lille : Des centaines de militaires mobilisées pour un exercice très confidentiel

DEFENSE Le Corps de réaction rapide France se tient prêt à prendre, en 2022, son tour d’alerte en cas de conflit

Mikaël Libert

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L'exercice militaire Citadel Kleber 2020 à Lille.
L'exercice militaire Citadel Kleber 2020 à Lille. — M.Libert / 20 Minutes
  • Un exercice regroupant plusieurs centaines de militaires se déroule actuellement à Lille.
  • Il s’agit de préparer le Corps de réaction rapide (CRR FR) à prendre son tour d’alerte en 2022.
  • Le scénario de l’exercice, « très crédible », a été classifié par l’OTAN.

Prêts pour la bagarre. Si un conflit éclate chez un allié de la France ou dans un pays de l’OTAN en 2022, les opérations de riposte et de défense seront menées par l’Etat-major du Corps de réaction rapide (CRR FR) basé à la citadelle de Lille. Une fois la décision prise, le déploiement sur le théâtre d’opérations doit être effectif dans les 48 heures. Une réactivité qui nécessite de l’entraînement, épidémie de coronavirus ou pas. C’est pour cette raison que l’exercice Citadel kleber 2020 se déroule actuellement à l’abri des regards entre les murs de la citadelle de Lille.

Dans un an, ce sera au tour de l’Etat-major du CRR FR de prendre son tour d’alerte parmi les neuf Etats-majors existant dans l’ensemble des pays de l’Otan. En cas de conflit, comme c’est actuellement le cas au Mali, le CRR FR devra être capable de se projeter sur place et de mettre en œuvre un poste de commandement afin de coordonner les opérations militaires.

Des scénarios fictifs, mais très « crédibles »

« Kleber sert à nous préparer à cette prise d’alerte en effectuant une simulation d’engagement selon un scénario très crédible », explique le général de brigade Jérôme Goisque, chef du CRR FR. Scénario dont on ne saura rien, celui-ci étant classifié. « C’est l’Otan qui analyse les crises actuelles et élabore les scénarios. Ils sont très proches de ce qui pourrait arriver », poursuit l’officier supérieur.

A Lille, ce sont 550 militaires, dont 37 représentants de pays alliés, qui participent à Kleber. Deux autres sites sont concernés : le 11e régiment parachutiste de Toulouse et le 54e régiment d’artillerie d’Hyères. Mais là, il ne s’agit pas de sauter dans des trous et de faire rouler des chars : « Les actions de terrain sont simulées, un peu à la manière d’un jeu de guerre. Le rôle de l’Etat-major est d’analyser une situation tactique, d’élaborer des manœuvres qui seront traduites en ordres à appliquer sur le terrain », poursuit le général Goisque.

Menace biologique et cyber menace

Au sein du CRR FR, plusieurs corps de métiers participent à l’exercice. Dans une salle à l’accès réglementé où les documents sensibles ont été cachés à la hâte, le lieutenant-colonel Christophe commande des hommes du 2e régiment de Dragons, spécialistes du risque nucléaire radiologique biologique et chimique (NRBC). « Nous venons en appui des unités de l’armée de terre dans cet exercice où l’adversaire présente une menace NRBC. A nous d’évaluer cette menace et les capacités de l’ennemi », explique-t-il. Là encore, nous n’en saurons pas davantage.

L'unité «cyber» du CRR FR basé à Lille.
L'unité «cyber» du CRR FR basé à Lille. - M.Libert / 20 Minutes

En un autre endroit de la citadelle, plusieurs tentes ont été montées dans périmètre protégé par un rideau de barbelés. Une grosse parabole vient compléter le décor. L’une de ces tentes abrite l’équipe « cyber » du CRR FR constituée d’une dizaine d’hommes. Eux sont présents dès qu’il s’agit de déployer de l’infrastructure informatique ou de communication, autant dire toute l’année. « Notre mission de protection des systèmes est permanente, y compris lors des projections sur les terrains d’opérations », assure le lieutenant-colonel Frédéric. Ces geeks en treillis ont une double mission : traquer les activités suspectes et les activités « malicieuses », autrement dit les cyberattaques contre les forces armées.

Cette préparation à la prise d’alerte en 2022 se poursuivra avec d’autres exercices de moindre ampleur. Le prochain en mars et le dernier en octobre 2021 avec un déploiement du CRR FR en Norvège. « Dès le 1er janvier 2022, nous devons être prêts à partir si nécessaire », insiste le général Goisque. « Espérons que ce ne sera pas pour une menace équivalente au scénario de l’exercice », lâche-t-il.