La fracture numérique exclut 800.000 personnes dans les Hauts-de-France

SOCIETE A l’heure de la dématérialisation de tous les services, les problèmes se posent pour les 800.000 personnes en situation d’illectronisme dans la région, soit près d’une sur sept

Gilles Durand
— 
Illustration d'un d'accueil d'Emmaüs connect.
Illustration d'un d'accueil d'Emmaüs connect. — Emmaüs Connect
  • Selon une récente enquête de l’Insee, pas moins de 800.000 personnes demeurent en situation d’illectronisme dans les Hauts-de-France, soit une personne sur sept.
  • Il existe pourtant plus de 800 dispositifs d’aide dans la région, mais c’est insuffisant, selon Emmaüs connect.

Une claque aux idées reçues. Pour communiquer ou rechercher des informations, le réflexe, c’est Internet, croit-on. Or, il reste une grosse frange de la population pour qui le Web reste un univers méconnu. Selon une récente enquête de l'Insee, pas moins de 800.000 personnes demeurent en situation d’illectronisme dans les  Hauts-de-France, c’est-à-dire une personne sur six dans l’incapacité de s’adapter à la transition numérique.

Et ce malgré les 1.300 dispositifs mis en place depuis plus de deux ans, dispositifs régulièrement mis à jour dans une cartographie. Car, en 2018, une stratégie pour réduire la fracture numérique avait été mise en place dans la région, pilotée par la direction régionale jeunesse et sports et cohésion sociale (DRJSCS). « Il est parfois difficile de faire se rencontrer l’offre d’aide ou de formation et la demande », constate Simon Maréchal, responsable régional d’Emmaüs connect, association qui s’occupe de l’accès à la connexion des précaires.

« Incapables d’envoyer une pièce jointe »

Dans l’ex-bassin minier du Pas-de-Calais, par exemple, l’association Avenir des cités, chargée de gérer la prévention spécialisée, vient d’embaucher deux services civiques, en septembre, pour s’occuper uniquement de la fracture numérique. « Le confinement​ nous a fait prendre conscience de ces difficultés particulières », note Sadek Deghima, responsable sur les communes de Billy-Montigny, Sallaumines et Harnes.

Et il ne suffit pas d’équiper les gens d’ordinateurs. « On doit aussi les former régulièrement. C’est difficile parfois de repérer les manques car les personnes dans cette situation n’osent pas avouer qu’elles ne savent pas se servir d’un ordinateur. Même les jeunes, qui jouent pourtant régulièrement aux jeux vidéo, sont souvent incapables d’envoyer une pièce jointe », remarque Sadek Deghima. Sur ce secteur, pas moins de 90 ordinateurs ont déjà été prêtés et autant de foyers formés aux rudiments du numérique.

Mais ces initiatives, aussi utiles et nécessaires soient-elles, restent insuffisantes, selon Simon Maréchal. « Aujourd’hui, il faut changer d’échelle avec un dispositif massif d’accompagnement et des formations adaptées. Il faut mettre en place une vraie filière autour des 4.000 médiateurs numériques embauchés avec le plan de relance », explique-t-il.

Inquiétude pour quatre Nordistes sur dix

Le confinement a révélé un véritable enjeu de société, « que l’Etat semble avoir pris en compte en lançant les pass numériques, l’an dernier », souligne Simon Maréchal. Il s’agit de chèques distribués par les institutions ou des banques pour donner accès à des offres d’accompagnement aux personnes exclues du numérique.

« Maintenant, il faut outiller les structures comme les centres sociaux, par exemple, pour s’engager totalement dans le champ de la médiation numérique », insiste Simon Maréchal. Car une enquête menée en 2018 par des étudiants de l’université de Lille montrait que le basculement rapide des administrations dans la numérisation inquiétait pas moins de quatre Nordistes sur dix.

Le niveau d’illectronisme est le même dans les Hauts-de-France qu’en France. En revanche, certains secteurs sont plus touchés que d’autres : la Thiérache dans l’Aisne, le Ternois dans le Pas-de-Calais, le sud du littoral et l’est de la Somme.