Nord : Ecrire comme un cochon n’est pas une fatalité grâce à la rééducation

METIER Dans son cabinet de rééducation en écriture, unique dans le Nord, Samirra Trari permet à ses clients de retrouver le goût de prendre la plume

Mikaël Libert

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Illisible ou douloureuse, les problèmes d'écriture peuvent être corrigés.
Illisible ou douloureuse, les problèmes d'écriture peuvent être corrigés. — M.Libert / 20 Minutes
  • Le métier de graphopédagogue consiste à aider les personnes souffrant de problèmes d’écriture manuscrite.
  • Ecriture illisible, douloureuse ou trop lente sont les dysfonctionnements le plus souvent observés chez les enfants.
  • La plupart du temps, quelques séances de rééducation suivies d’un travail quotidien à la maison suffisent à corriger les problèmes.

Parce qu’il est désormais plus courant de taper des textes plutôt que de les tracer, l’écriture manuscrite se perd, y compris à l’école. Pour beaucoup d’enfants, mais aussi des adultes, le geste d’écrire peut s’avérer douloureux avec, comme résultat, des pages de gribouillis illisibles, même pour leur auteur. Pour autant, quel que soit l’âge, ce sont des défauts qu’il est assez facile et rapide de corriger. C’est le boulot de Samirra Trari : rééducatrice en écriture ou graphopédagogue.

C’est un métier méconnu dans la région. Preuve en est, le seul cabinet de rééducation en écriture installé dans le Nord est celui de Samirra Trari, à Douai. Originaire de la région, la quadragénaire, éducatrice Montessori de formation, a découvert ce travail lorsqu’elle habitait en région parisienne. « Il existe une véritable formation reconnue par l’Etat de rééducatrice en écriture. C’est un cursus très chargé qui dure un an », explique-t-elle.

Des problèmes aux causes parfois très simples

Son boulot consiste à déterminer les problèmes liés à l’écriture et à les corriger : « Il y en a trois qui reviennent le plus souvent et qui sont parfois liés. L’écriture illisible, la douleur et le manque de rapidité », détaille Samirra Trari. Selon le dysfonctionnement, la graphopédagogue soumet son patient à des exercices au cabinet qui devront être reproduits à la maison dix minutes par jour. « Cela peut être un problème de posture, de geste ou parfois même simplement de choix du stylo. Le but est de donner les bonnes techniques pour que l’écriture devienne automatique », poursuit-elle.

La rééducation peut aller très vite, en moyenne cinq séances à raison d’une par mois. Et les avantages sont nombreux : « On ne se concentre plus sur le geste d’écrire mais sur ce que l’on écrit. La compréhension est meilleure et on améliore aussi son orthographe. Sans compter le plaisir retrouvé de l’écriture manuscrite », assure Samirra Trari.

Pour les enfants mais aussi pour les adultes

Si la graphopédagogue reçoit encore en majorité des enfants, elle est aussi ouverte aux adultes. « J’ai notamment une infirmière dont l’écriture était incompréhensible par ses collègues. Pas encore de médecin », plaisante-t-elle, ces derniers étant réputés pour leurs ordonnances manuscrites indéchiffrables. « Pour les adultes, cela joue aussi beaucoup pour la confiance en soi », ajoute-t-elle.

La demande est tellement forte que Samirra Trari a rapidement étendu la plage d’ouverture de son cabinet, passant d’une à trois journées par semaine. Elle qui appréhendait de trouver des clients lorsqu’elle s’est installée, il y a un an, pense aujourd’hui en faire son activité à plein temps. « Beaucoup de parents se sont rendu compte des difficultés de leurs enfants pendant le confinement », reconnaît-elle. Ce succès reflète-t-il un constat d’échec de l’Education nationale ? « Les enseignants ne sont plus formés aux gestes de l’écriture, c’est un fait », regrette la graphopédagogue.