Tunnel sous la Manche: Trente ans après la jonction historique, le Brexit offre un nouveau défi à Eurotunnel

TRAVERSEE Le tunnel sous la Manche célèbre les trente ans de la jonction entre les équipes britanniques et françaises cent mètres au-dessous du niveau de la mer

Gilles Durand

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Le 1er décembre 1990, Philippe Cozette (à droite) et Graham Bell effectuaient la jonction du tunnel sous la Manche.
Le 1er décembre 1990, Philippe Cozette (à droite) et Graham Bell effectuaient la jonction du tunnel sous la Manche. — Getlink
  • Le 1er décembre 1990, le tunnel sous la Manche voyait enfin le jour avec la jonction des deux équipes du chantier franco-britannique.
  • Trente ans plus tard, le tunnel sous la Manche affronte un nouveau défi avec le Brexit programmé le 1er janvier 2021.
  • La société Eurotunnel se dit « sereine » concernant les futurs trafics de voyageurs et de marchandises entre la France te la Grande-Bretagne.

Voilà trente ans que la Grande-Bretagne a cessé d’être réellement une île. Et oui, le 1er décembre 1990, le tunnel sous la Manche voyait enfin le jour. Après deux siècles de projets. Côté britannique, Graham Fagg, et côté français, Philippe Cozette, venaient d’être tirés au sort pour donner les derniers coups de pioches symbolisant la jonction.

Trente ans plus tard, la Grande Bretagne s’apprête à refermer ses frontières, le 1er janvier 2021, avec le Brexit. Quel avenir pour Eurotunnel, la société qui exploite ce tunnel historique ?

Investissement de 47 millions

« Nous sommes sereins, explique-t-on chez Eurotunnel. Voilà trois ans que nous nous préparons à ce Brexit. Nous avons investi 47 millions dans l’opérationnel ». A en croire les dirigeants, peu de chance de revivre le cauchemar financier des premières années d’exploitation. « Les projections de trafic avaient été surestimées », souligne la société qui avait dû subir une restructuration financière en 2007, après treize premières années d’exploitation du tunnel.

Aujourd’hui, Eurotunnel génère des bénéfices, même si 2020 a été une année horrible pour le transport international. Si on reprend la période entre janvier et octobre, le trafic marchandise a baissé de 13 % entre 2019 et 2020, et celui des voyageurs de 44 %, passant de 2,3 millions de passagers à 1,3 million.

Pour autant, l’effet Brexit n’inquiète pas les exploitants du tunnel. « Durant l’été, entre les deux quarantaines britanniques, nous avons connu l’afflux habituel de passagers. Pour eux, le Brexit ne va pas changer grand-chose puisqu’il y avait déjà des contrôles douaniers », souligne un porte-parole d’Eurotunnel.

Portefeuille virtuel pour les transporteurs

Reste le trafic des marchandises. En octobre, Eurotunnel a lancé un portefeuille virtuel, baptisé EurotunnelBorder Pass, pour faciliter les démarches administratives. « Le transporteur sauvegarde l’ensemble des informations nécessaires pour que son camion passe la frontière à partir du 1er janvier 2021 et tout se fait automatiquement », assure Eurotunnel.

En cas de problème, les capacités de stockage des camions ont été agrandies pour éviter les embouteillages. « Il est possible qu’en janvier, il y ait une baisse du trafic camion, avec l’effet stockage anticipé par les entreprises, mais il n’y a pas de raison pour que la baisse se poursuive », reconnaît Eurotunnel.

L’infrastructure pharaonique – qui avait demandé le concours de 12.000 ingénieurs, techniciens et ouvriers entre 1988 et 1994 pour sa construction – n’envisage donc pas de ralentissement massif du trafic entre la Grande-Bretagne et la France. Pour peu que la crise sanitaire du Covid-19 s’estompe, l’an prochain.