Métropole de Lille : Les habitants indirectement taxés pour avoir produit trop peu de déchets

ENVIRONNEMENT Le gestionnaire des déchets de la métropole de Lille a obtenu une indemnité d’un million d’euros pour avoir eu moins de déchets à collecter

Gilles Durand

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Illustration d'un camion-benne d'Esterra, à Lille.
Illustration d'un camion-benne d'Esterra, à Lille. — G. Durand / 20 Minutes
  • Avec le confinement, les habitants de la métropole de Lille ont produit moins de déchets recyclables.
  • Cette baisse a occasionné une indemnité pour Esterra, le gestionnaire des déchets, en vertu du contrat de collecte passé avec la métropole de Lille.
  • L’association UFC Que Choisir dénonce « un mauvais message envoyé aux citoyens ».

Moins on produit de déchets, plus on paye. C’est cette logique contradictoire qui est à l’origine de l’indemnisation d’un million d’euros pour Esterra, l’entreprise qui collecte les poubelles dans la métropole de Lille (MEL). L’association de consommateurs UFC-Que Choisir des Hauts-de-France dénonce « une aberration ».

Point de départ de cette indemnisation, le cahier des charges qui lie la société Esterra à la MEL. « L’engagement contractuel prévoit de rémunérer la collecte au tonnage ramassé avec une clause de « diminution imprévisible ». Ce qui équivaut à garantir un minimum de revenus pour le prestataire », explique un ancien syndicaliste d’Esterra. Et selon lui, « la MEL n’avait pas imaginé une telle baisse des déchets ».

« On a négocié jusqu’au bout avec le prestataire »

Ainsi, en 2019, la sécheresse avait déjà fortement réduit la collecte des déchets verts. Et cette année, le confinement a provoqué un transfert du contenu des poubelles du recyclable vers le non-recyclable, le nombre de tournées ayant été réduit par Esterra et la MEL.Or, la prestation de collecte des ordures ménagères résiduelles est moins rémunérée.

En clair, de façon volontaire ou non, les habitants ont donc trop réduit leurs déchets, ce qui a valu cette indemnité de 1,015 million à verser. « On a négocié jusqu’au bout avec le prestataire », assure Régis Cauche, vice-président aux déchets à la MEL à La Voix du Nord, rappelant qu’Esterra réclamait « quatre à cinq fois plus ».

Un effort non récompensé

Par ailleurs, ce prestataire était en position de force car la MEL souhaitait prolonger le contrat d’Esterra afin d’avoir le temps d’adopter son futur schéma de réduction des déchets. « Le marché avec Esterra ne sera pas revu avant son terme et à son renouvellement, en 2022 », précise la MEL.

Pour Robert Bréhon, président de l’UFC-Que Choisir, cette indemnisation est un bien « mauvais message envoyé aux citoyens ». « A longueur de temps, on nous invite à réduire nos déchets, on accuse les consommateurs de tous les maux du fait de nos habitudes de consommation, s’insurge-t-il. Et aujourd’hui cet effort n’est pas récompensé. Au contraire, ce sont les habitants de la MEL qui paieront dans leurs impôts locaux cette « indemnité » au prestataire. »

L’asso de consommateurs a prévu de signaler le mécontentement des habitants lors d’une prochaine réunion à la MEL.