Nord : Pourquoi des agriculteurs dénoncent « l’inutilité » de l’observatoire de l'« agribashing »

AGRICULTURE La Confédération paysanne, syndicat agricole, demande à la préfecture de supprimer l’observatoire de l’agribashing, chargé de détecter la « stigmatisation de l’activité agricole »

Gilles Durand

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Manifestation pour dénoncer l'agribashing, près de Dijon, en octobre 2019.
Manifestation pour dénoncer l'agribashing, près de Dijon, en octobre 2019. — Konrad K. / SIPA
  • La Confédération paysanne, dénonce la mise en place d’un observatoire départemental de l'« agribashing », jugeant cette politique « inutile ».
  • Ce syndicat agricole estime que le débat sur l’industrialisation de l’agriculture doit exister.

Le fossé agricole se creuse. La Confédération paysanne du Nord a décidé de jeter un pavé dans la mare de l'« agribashing » en dénonçant la politique « inutile » mise en place par le gouvernement et relayé par le préfet. Selon le porte-parole départemental du syndicat agricole, « empêcher la critique du monde agricole revient surtout à étouffer le débat sur l’industrialisation de l’agriculture ».

Antoine Jean est producteur laitier. Il n’est pas converti au bio, mais défend une agriculture « de transparence ». « Il y a toujours eu des mécontents vis-à-vis de l’agriculture, précise ce porte-parole de la Confédération. Aujourd’hui, au contraire, on sent une prise de conscience des consommateurs qui refusent une certaine alimentation. Et on voudrait les interdire de le faire savoir. Ce n’est pas normal, car l’agriculture n’appartient pas qu’aux agriculteurs. »

C’est en février que les préfectures ont installé chaque observatoire départemental de l’agribashing. L’objectif : détecter la « stigmatisation des activités agricoles » pouvant conduire « à une augmentation des actes d’incivilités, voire de violences envers les professionnels de l’agriculture et de l’agroalimentaire ». Un volet éducatif était aussi intégré à l’observatoire : les établissements scolaires devaient « privilégier des interventions d’associations agréées pour évoquer en classe l’éducation à l’alimentation et à la santé » et non des associations militantes, bien que celles-ci aient « leur place dans le débat public ».

Des moyens plus « utiles ailleurs »

Le préfet du Nord avait d’ailleurs prévu de signer, en grande pompe, une charte de lutte contre l’agribashing, fin octobre, pour bien ancrer ce dispositif dans les esprits. Cérémonie reportée. « La signature de cette charte était une provocation », assure Antoine Jean qui considère que « cet observatoire ne sert à rien. Selon nos informations, il n’y a aucune remontée. Les moyens de l’Etat qui sont mobilisés pour ça auraient beaucoup plus d’utilité ailleurs. »

Le dispositif intègre, en effet, forces de l’ordre, renseignements territoriaux, direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) et représentants de deux autres syndicats agricoles favorables au projet : la FDSEA et la Coordination rurale.

Les critiques sont à l’égard du modèle agro-industriel

Contactée par 20 Minutes pour avoir un premier bilan de cet observatoire, la préfecture n’a pas donné suite. Dans un communiqué datant de février, au moment de sa création, les services de l’Etat reconnaissent « n’avoir pas constaté, les derniers mois, d’intrusions violentes, ni de grande dégradation des outils de production ».

Il était question « de défiance voire d’intimidations de certaines populations vis-à-vis de l’activité agricole tout au long de l’année ». Etaient notamment soulevées les questions d’extension de bâtiments d’élevage ou des projets de méthanisation et les tracas d’épandage des produits phytosanitaires aux abords des zones habitées.

« L’agribashing, ça n’existe pas. Ce n’est pas le monde paysan qui est la cible des critiques mais bien le modèle agro-industriel dans sa globalité, insiste la Confédération. La victimisation de la profession agricole occulte un problème plus grave : l’industrialisation de l’agriculture et ses conséquences sur nos campagnes. »