Arras : Quels secrets doit révéler l’étude d’un cercueil en plomb gallo-romain ?

ARCHEOLOGIE La crise sanitaire retarde l’examen d’un sarcophage de plomb gallo-romain découvert sur un chantier d’aménagement à Arras

Gilles Durand

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Le sarcophage en plomb, découvert en juillet 2020, à Arras, sur un chantier d'aménagement.
Le sarcophage en plomb, découvert en juillet 2020, à Arras, sur un chantier d'aménagement. — Jérôme Pouille / CD62
  • Un sarcophage en plomb de l’époque gallo-romaine a été découvert, cet été, sur un chantier d’aménagement à Arras.
  • Les chercheurs devaient ouvrir la sépulture il y a quelques jours pour une première expertise scientifique, mais ce travail a dû être reporté à cause de la crise sanitaire.
  • C’est la première fois qu’un tel cercueil va pouvoir être étudié dans la région.

A l’époque, Arras s’appelait Nemetacum. Et dans cette période du Bas-Empire, autour du IVe siècle, les personnes de haut rang ou victimes d’épidémie pouvaient se faire inhumer dans des cercueils en plomb. C’est ce genre de vestige, assez rare, qui a été découvert dans un parfait état de conservation, cet été, par le service archéologique arrageois.

Cependant, Covid oblige, le sarcophage gallo-romain tarde à livrer ses secrets. Les chercheurs avaient prévu de l’ouvrir il y a quelques jours pour une première expertise scientifique. Ce travail a dû être reporté à cause de la crise sanitaire.

Un cercueil de 400 kg

« Plusieurs experts devaient venir de différentes institutions françaises. Nous avons jugé plus sage d’attendre un peu pour ne pas prendre de risques », explique Sophie François, directrice de la Maison de l’Archéologie du Pas-de-Calais, où le sarcophage a été transféré, fin septembre.

Selon les premières estimations, le cercueil aurait plus de 1.600 ans. Il peut donc patienter encore quelques semaines. Seules certitudes pour l’instant, il pèse 400 kg et mesure deux mètres de long pour 35 centimètres de largeur et 25 de hauteur. Il contient également des ossements que les archéologues ont pu apercevoir à travers une large fissure.

« La sépulture est un peu écrasée par le poids des ans et surtout de la terre, souligne Sophie François. Son ouverture sera une opération délicate car la matière, le plomb, est souple et demande aussi des précautions sanitaires pour être manipulée. L’analyse de l’intérieur du cercueil et du squelette doit permettre de préciser la datation. »

Une nécropole connue depuis un siècle

Pour Deborah Delobel, anthropologue, le travail va consister à déterminer l’âge, le sexe et la pathologie du défunt. « Je vais devoir travailler sur le squelette pour voir les pratiques funéraires de cette époque », explique-t-elle dans une vidéo du conseil départemental 62.

Cependant, si cette trouvaille est de poids, elle n’a rien de surprenant. La présence d’une ancienne nécropole sur à l’ouest d’Arras était connue depuis une centaine d’années. C’est pourquoi les services archéologiques de la ville ont décidé de mener un diagnostic préventif lorsqu’un supermarché a envisagé de s’agrandir sur le secteur.

Avant le début des travaux, une équipe a prospecté sur environ 10 % de la surface du futur chantier. Bonne pioche : les fouilles, en juillet, ont permis la mise au jour d’une dizaine de sépultures en bois et de ce sarcophage en plomb. « On savait aussi, grâce aux archives, que trois cercueils en plomb avaient déjà été retrouvés à Arras depuis le XVIIIe siècle, raconte Sophie François. Mais ils ont tous disparu, après avoir été certainement fondus. »