Lille : Des amateurs de patrimoine se mobilisent pour éviter la destruction annoncée d’une chapelle du XIXe siècle

PATRIMOINE La chapelle Saint-Joseph, qui date de 1880, devrait être détruite pour laisser place à un campus universitaire

Francois Launay

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La chapelle Saint-Joseph devrait être détruite dans les prochains mois
La chapelle Saint-Joseph devrait être détruite dans les prochains mois — F.Launay/20 Minutes
  • Construite à la fin du XIXe siècle, la chapelle Saint-Joseph de Lille est menacée de destruction.
  • Propriétaire des lieux, le groupe Yncrea veut y construire à la place un campus universitaire.
  • Inimaginable pour les amoureux du patrimoine qui font tout pour éviter l’issue fatale qui se dessine après le refus du ministère de la Culture d’inscrire le bâtiment au rang des monuments historiques.

Mise à jour, samedi 14 novembre, à 18h : Le ministère de la Culture a officialisé samedi le rejet d’une demande de classement de la chapelle Saint-Joseph de Lille, datant du XIXe siècle, vouée à être démolie sur le site d’un futur campus.

Depuis trente ans, Josette Hemsen vit dans le quartier Vauban. Tous les jours, elle admire de sa fenêtre la chapelle Saint Joseph située juste en face de son appartement. « Je la regarde tous les jours et je l’admire car elle est aussi belle au soleil que sous la neige, à l’automne ou au printemps. Elle a des petites colonnes, des petits clochetons. C’est vraiment beau à regarder », décrit la Lilloise. Mais depuis quelques mois, la riveraine est en colère. Car la chapelle de 2.000 m2, construite dans les années 1880, devrait bientôt être détruite.

Désacralisé depuis 2002, l’édifice appartient désormais au groupe Yncrea qui réunit trois écoles d’ingénieurs (HEI, ISEN, ISA) et qui dépend de l’université catholique de Lille. Ses dirigeants ont décidé d’abattre le bâtiment religieux pour construire à la place un grand campus universitaire. Un projet à 85 millions d’euros validé par la mairie de Lille qui a délivré un permis de démolir en mai 2019.

Une mobilisation pour éviter la destruction

Un an et demi plus tard, les travaux n’ont toujours pas commencé. Car entre-temps, les amateurs d’art se sont mobilisés pour éviter la destruction de la chapelle. Une prise de conscience lancée par Alexandra Sobczak-Romanski. Présidente fondatrice d’Urgences patrimoine, la Normande est tombée par hasard en février dernier sur un article parlant de la destruction annoncée de la chapelle.

« Pour moi, c’était tellement gros que je suis passé à autre chose sur le moment. Mais le 20 mai, je suis retombé sur cet article et j’ai appelé un ami lillois qui m’a dit que c’était bien l’ensemble de la chapelle qui était concerné. J’ai donc décidé de faire du bruit sur le sujet », se souvient Alexandra Sobcak.

Mission réussie car en quelques jours, l’affaire s’ébruite. Via une pétition réunissant plus de 8.000 signatures, Urgences Patrimoine réussit à interpeller début juin Stéphane Bern, le Monsieur Patrimoine d' Emmanuel Macron. De quoi faire réagir Franck Riester, ministre de la Culture à l’époque, qui  décide d'accorder un sursis pour trouver une alternative et éviter la destruction.

Un bâtiment qui a un vrai intérêt architectural

En juillet, Franck Riester est remplacé par Roselyne Bachelot qu’il faut convaincre à son tour. Architecte en chef des monuments historiques, le Lillois Etienne Poncelet demande au ministère de la Culture le classement de la chapelle au rang des monuments historiques. Le meilleur moyen pour éviter sa destruction selon lui.

« Au niveau urbain, cette chapelle fait partie d’un ensemble architectural cohérent du patrimoine lillois de la fin du XIXe siècle avec le palais Rameau, le collège Saint-Joseph et la Catho. Et cette chapelle de style néo-byzantin, construite entre 1880 et 1886, est très intéressante architecturalement. Elle est à plusieurs étages et autour, il y a un cloître suspendu qui est une vraie originalité pour ce type de bâtiment religieux. Il y a aussi des vitraux de Latteux-Bazin, un célèbre maître verrier, qui sont intéressants. Enfin, il y a également une très belle ferronnerie d’art et des grandes tapisseries », explique Etienne Poncelet.

Pas de classement au rang des monuments historiques

Las, ces arguments n’ont pas suffi à convaincre le ministère. Dans un courrier officiel envoyé il y a quelques jours, Philippe Barbat, directeur général des patrimoines, a refusé le classement de la chapelle au rang des monuments historiques. « Si cette chapelle de la fin du XIXe siècle de style éclectique n’est pas dénuée d’intérêt architectural, celui-ci n’est toutefois pas suffisant pour justifier d’un classement au titre des monuments historiques ». Les vitraux et d’autres éléments importants seront sauvegardés, plus rien n’empêche la destruction de la chapelle.

Fin de l’histoire ? « Non », estime Etienne Poncelet. « Cette réponse n’est pas pertinente. Nous demandons aux instances européennes de faire en sorte qu’Yncrea se remette autour d’une table pour revoir son projet. On va mobiliser différentes autorités et interpeller des élus pour obtenir satisfaction. Ce serait un véritable scandale qu’à notre époque un édifice religieux soit démoli sous nos yeux. Nous nous battrons jusqu’au bout », prévient l’architecte en chef des monuments historiques. Et pour essayer de ralentir le cours des choses, Urgences Patrimoine va déposer un recours en justice pour contester la décision ministérielle

Reste que le temps presse. Le permis de démolir courant jusqu’à fin 2021, les travaux de destruction ne devraient plus traîner. Il faudrait vraiment un miracle pour sauver la chapelle Saint-Joseph d’une mort annoncée.