Municipales à Lille : Ces quelques signatures qui pourraient coûter son élection à Martine Aubry

JUSTICE Trois recours ont été déposés contre la réélection de Martine Aubry à la mairie de Lille, dont un porté par son adversaire LREM, Violette Spillebout

Mikaël Libert

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Illustration d'un votant lors de l'élection municipale à Lille.
Illustration d'un votant lors de l'élection municipale à Lille. — M.Libert / 20 Minutes
  • La socialiste Martine Aubry a été réélue maire de Lille pour un quatrième mandat. 
  • Seulement 227 voix la séparaient de son adversaire écologiste, Stéphane Baly.
  • Plusieurs recours ont été déposés contre cette élection, dont un par Violette Spillebout, candidate pour Lrem.

Signer n’est pas voter. Dimanche 28 juin dernier, Martine Aubry était élue pour un quatrième mandat à la mairie de Lille. Une victoire de la socialiste à l’arraché avec seulement 227 voix d’écart face au candidat écologiste, Stéphane Baly. Ce dernier formulera finalement un recours contre cette élection devant le tribunal administratif de Lille. Un autre recours a aussi été déposé par Violette Spillebout (LREM), arrivée en troisième position au second tour. Son avocate, présentait d’ailleurs l’avancée du dossier, ce jeudi.

Dans son recours, déposé début juillet, la liste de Violette Spillebout mettait en avant « beaucoup d’irrégularités ayant été constatées au cours de la campagne de Martine Aubry mais aussi pendant les opérations de vote », rappelle maître Héloïse Hicter, avocate spécialisée en droit public. Depuis, les choses ne sont pas restées immobiles. La maire de Lille a déposé un mémoire en défense devant le tribunal tandis que les requérants poursuivaient leurs investigations. Trois éléments ont notamment été mis en avant par le conseil de Violette Spillebout : l’utilisation supposée des moyens de la ville par Martine Aubry pour faire campagne, l’embauche controversée de la championne de boxe Licia Boudersa à la mairie au lendemain du premier tour et des différences de signatures sur les registres électoraux.

EELV et LREM en quête de signatures litigieuses

C’est ce dernier point qui est particulièrement intéressant. « Depuis l’introduction du recours, nous avons épluché les registres de 29 bureaux sur les 127 et le nombre d’irrégularités est significatif », explique maître Hicter sans donner de chiffre précis. Par irrégularité, l’avocate entend une signature d’un même électeur radicalement différente d’un tour à l’autre. Ce travail, la liste de Stéphane Baly le fait aussi. « Le nombre d’irrégularités constatées devrait atteindre, voire dépasser celui de l’écart de voix », avance l’avocate de Violette Spillebout.

Selon cette dernière, c’est sur le même argument que s’est basé le tribunal administratif de Guadeloupe pour invalider, en septembre dernier, l'élection municipale à Capesterre de Marie-Galante. Sauf que dans ce cas précis, l’écart n’était que de huit voix. « Si nous apportons entre 80 et 100 signatures litigieuses, cela devrait suffire. Le juge peut en effet procéder par extrapolation en fonction du nombre de bureaux étudiés », insiste maître Hicter.

Décision au plus tard en mars 2021

Si Ingrid Brulant, conseillère municipale LREM, dénonce clairement les « dérives d’un système politique ancien qui maintien en place à chaque élection les mêmes personnes avec les mêmes méthodes », l’avocate reste pour sa part plus prudente. « Evidemment qu’il y a une complicité, le tout étant de savoir de qui. Un assesseur, un électeur, l’équipe de Martine Aubry ? On ne sait pas. Comme on ne sait pas non plus à qui profitent ces signatures. L’important, c’est que cela altère la sincérité de l’élection », assure-t-elle.

La date de l’audience devant le tribunal administratif n’a pas encore été fixée mais elle aura lieu avant le 11 mars 2021. La décision pourra faire l’objet d’une procédure d’appel devant le conseil d’Etat, rallongeant le délai de plusieurs mois pour que l’on sache définitivement si Martine Aubry restera maire de Lille. Contactée par 20 Minutes, la mairie de Lille estime qu’il « n’y a rien de nouveau » et que l’équipe « reste sereine et laisse la justice faire son travail ».