Confinement dans le Nord : Des libraires et des maires refusent de fermer les commerces

PANDEMIE Les décisions gouvernementales ont beaucoup de mal à passer

Francois Launay

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Lille, le 30 octibre 2020. Premier jour du deuxième confinement décréte par le président de la République pour lutter contre l'épidémie de coronavirus.
Lille, le 30 octibre 2020. Premier jour du deuxième confinement décréte par le président de la République pour lutter contre l'épidémie de coronavirus. — M.Libert / 20 Minutes
  • Dans le Nord, le reconfinement a du mal à passer chez certains. Une libraire lilloise a décidé passer outre et de laisser sa boutique ouverte.
  • De son côté, le maire de Faches-Thumesnil a publié un arrêté municipal autorisant les commerces de sa ville à rester ouverts tout en espérant que le gouvernement revienne sur sa décision.

Quand elle a appris le 28 octobre qu’elle devait fermer sa librairie une deuxième fois en sept mois pour cause de reconfinement, Fabienne Van Hulle a d’abord pleuré. Puis, la libraire lilloise de 57 ans a réfléchi pendant deux nuits blanches à un moyen d’action. En écrivant son désarroi, elle a finalement décidé de se battre et de refuser cette fermeture. Au mépris de la loi, Place Ronde, le nom de sa librairie, n’a pas fermé ce week-end. Et rouvrira ses portes mardi comme si de rien n’était.

« C’est une question de "survie" psychologique pour mes clients et pour moi-même. On est tout à fait conscient de cette pandémie. Mais il y a aussi une crise économique et sociale de plus en plus grave. Et quand j’entends le président de la République dire qu’on peut aller travailler dans les écoles, les bureaux, les usines, mais pas dans un commerce. Comme si ce n’était pas un travail… Et puis, à ce que je sache, ce n’est pas la librairie qui a cassé l’hôpital », lâche la libraire.

Une possible garde à vue si elle refuse de fermer

En laissant sa librairie ouverte, Fabienne Van Hulle sait très bien ce qu’elle risque pénalement : 135 euros d’amende plus une fermeture administrative voire même une garde à vue si elle persiste dans son refus de fermer son commerce. Mais la libraire, qui reçoit des messages de soutien de la France entière, compte bien aller jusqu’au bout de son action.

« Je respecte le protocole sanitaire au maximum. Je laisse la porte ouverte, tout est désinfecté, les gens se lavent les mains en entrant et en sortant. Il n’y a jamais plus de 2-3 personnes dans la librairie. Des médecins urgentistes, qui sont venus me soutenir, m’ont dit que le risque était quasi zéro chez moi », assure la libraire qui espère que les 3.000 librairies de France vont finir par réouvrir dans les prochains jours.

Le maire de Faches-Thumesnil veut laisser ses commerces ouverts

Comme Fabienne Van Hulle, ils sont de plus en plus nombreux à refuser d’appliquer les décisions gouvernementales. Dans la métropole lilloise, Patrick Proisy, maire (FI) de Faches-Thumesnil, vient ainsi de prendre un arrêté municipal autorisant la réouverture des petits commerces non alimentaires de sa commune.

« Le but est d’adresser un message fort à nos commerçants qui sont dans une situation psychologique très difficile avec cette nouvelle fermeture. L’autre objectif est aussi d’envoyer un message clair au gouvernement en pointant ses incohérences. Car il y a une rupture d’égalité de traitement avec les grandes surfaces qui est intolérable. On estime aussi qu’il n’est pas dangereux d’aller faire ses courses chez un petit commerçant que dans un supermarché », s’insurge l’élu.

La préfecture veut faire annuler les arrêtés devant la justice

Samedi, certains commerces de Faches ont donc rouvert leurs portes au grand dam de la préfecture qui ne veut pas que la situation perdure. Dans un communiqué, le préfet du Nord demande le retrait des arrêtés tout en décidant de mener l’action en justice. Des référés tendant à demander au juge la suspension de ces mesures ont ainsi été introduits devant le tribunal administratif. Où les maires sont quasiment sûrs de perdre.

« On sait que notre arrêté municipal ne vaut rien par rapport à un décret ministériel. On l’a surtout fait pour envoyer un message et un cri d’alerte. Je pense que le gouvernement n’a aucun intérêt à ce que ça continue comme ça. D’ailleurs, j’ai cru comprendre ce dimanche qu’il comptait peut-être revenir sur cette décision [Jean Castex doit s’exprimer à 20 heures au JT de TF1]. Il faut discuter et mettre en place un protocole sanitaire adapté à chaque commerce. C’est du bon sens », estime Patrick Proisy qui espère voir la situation s’apaiser plutôt que la colère exploser.