Coronavirus à Lille : Pourquoi la métropole est l’une des plus touchées en France

EPIDEMIE La métropole européenne de Lille (MEL) est, après Saint-Etienne, le territoire dans lequel le taux d’incidence est le plus important de France

Mikaël Libert

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La métropole de Lille est particulièrement touchée par l'épidémie.
La métropole de Lille est particulièrement touchée par l'épidémie. — M.Libert / 20 Minutes
  • Lille est la seconde métropole en France la plus touchée par l’épidémie de coronavirus.
  • Roubaix, Tourcoing et Lille sont les trois communes aux taux d’incidence les plus élevés.
  • Une épidémiologiste et un infectiologue livrent à 20 Minutes leur analyse.

La recette d’un triste succès. Le 24 octobre, la Métropole européenne de Lille (MEL) affichait un taux d’incidence de 921 personnes positives au Covid-19 pour 100.000 habitants. Un chiffre qui place la MEL en seconde position des métropoles les plus touchées par l’épidémie de coronavirus, juste derrière Saint-Etienne. Un constat inquiétant mais pas étonnant pour les spécialistes interrogés par 20 Minutes.

Parce qu’elle est une grande métropole, la MEL coche toutes les cases qui font d’elle un territoire propice à la diffusion d’une épidémie. La Fédération nationale des observatoires de santé (Fnors) a établi des profils de territoires pour aider les décideurs dans le cadre la crise du coronavirus. Dans ce document, la MEL appartient à la classe « D », celle des métropoles regroupant le plus de facteurs favorisant la circulation du virus. « Il n’y a pas d’explication scientifique et certainement pas une seule raison. C’est la conjonction de plusieurs facteurs qui fait que nous en sommes là aujourd’hui », estime le Professeur Daniel Camus, infectiologue à l’Institut Pasteur de Lille.

Les éléments « extrinsèques » à la crise du Covid

Pour le Pr Camus, il y a des causes constantes que l’on retrouve : « la qualité du logement, la promiscuité, le manque d’aération », liste le scientifique. « Si vous mettez trop de monde dans un petit appartement, la transmission virale se fait très vite », poursuit-il. Cette suroccupation des logements, particulièrement vraie à Roubaix et Tourcoing, « expose davantage les habitants à la contagion et peut limiter, voire empêcher, l’isolement des personnes en cas de contamination », explique la Fnors.

Mais ce n’est pas le seul facteur socio-économique à prendre en compte. « Nous savons que les personnes en situation de précarité font partie des catégories de personnes vulnérables », assure Sylvie Haeghebaert, épidémiologiste à Santé publique France. « Il y a vraiment un côté très social qui se traduit par des taux d’incidence plus bas dans les communes plus riches de la MEL et inversement », ajoute le Pr Camus.

La jeunesse, atout à double tranchant

Selon l’Insee, en 2017, plus de 40 % de la population de la MEL à moins de 30 ans. Sans vouloir jeter la pierre aux jeunes, on constate pourtant que l’évolution des taux d’incidence dans la métropole s’est notamment « accélérée au début du mois de septembre avec les rentrées scolaires et universitaires », remarque Sylvie Haeghebaert. Rappelons-nous du fameux cluster du Touquet à l’origine de la fermeture de deux établissements scolaires métropolitains. « Les taux d’incidence les plus élevés ont initialement été retrouvés chez les jeunes adultes entre 15 et 34 ans », insiste l’épidémiologiste.

Le comportement des plus jeunes face à cette crise inquiète aussi l’infectiologue de Pasteur Lille. Il est d’ailleurs allé en interroger de nombreux : « Il y a la question de la gravité perçue de la maladie. Pour beaucoup de jeunes, il ne s’agit que d’un gros rhume. Ils ne comprennent pas les contraintes qu’ils subissent pour quelque chose qui touche davantage les personnes plus âgées », déclare le Pr Camus.

Une forte densité qui n’aide pas

Dans la MEL, en moyenne, on dénombre 1.765 habitants/km2. A elles seules, les communes de Lille, Roubaix, Tourcoing et Villeneuve d’Ascq regroupent 43 % des métropolitains. « La concentration de population peut être considérée comme vecteur aggravant de la contagion en favorisant la circulation des virus au sein de la population », avance la Fnors.

« La densité de populations est en effet un facteur de multiplication des contacts à risque », renchérit l’épidémiologiste de Santé publique France. Mais elle ajoute que c’est surtout « le brassage des populations et l’adhésion insuffisante aux recommandations et comportements de prudence [qui] a entraîné une dégradation rapide et incontrôlable de la situation épidémiologique à partir de début octobre. »

Du coup, il convient de souligner que la MEL n’est pas particulièrement une mauvaise élève. Elle pâtit de ce que Sylvie Haeghebaert appelle le « facteur métropole ». « C’est un phénomène bien connu et observé chaque année au cours des épidémies saisonnières », insiste-t-elle. Le tout étant de savoir pourquoi ce « facteur métropole » impacte beaucoup moins Bordeaux, dont le taux d’incidence n’est aujourd’hui que de 157 cas positifs pour 100.000 habitants.