Nord : Un couple condamné pour des « actes de barbarie », après la mort d’une fillette de 19 mois

JUSTICE Le beau-père et la mère d’une fillette, morte après avoir été ébouillantée, ont été condamnés à vingt-cinq et dix-huit ans de réclusion criminelle

20 Minutes avec AFP
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Une salle d'audience dans un palais de justice (illustration).
Une salle d'audience dans un palais de justice (illustration). — Camille Allain / 20 Minutes

Ebouillantée par son beau-père, Mélinda avait agonisé toute une nuit. La cour d’assises du Nord a condamné, lundi, le jeune homme à vingt-cinq ans de réclusion criminelle pour « actes de barbarie » et la mère à dix-huit ans d’emprisonnement pour avoir laissé souffrir et mourir la fillette de 19 mois.

L’homme qui hébergeait le couple a écopé de quatre ans de prison pour n’avoir pas porté assistance à l’enfant, décédée à l’issue d’une agonie de plus de dix-sept heures. Avant que la cour ne se retire, tous avaient demandé « pardon » pour leurs actes.

Coups, bains d’eau glacée, heures « au coin »

A l’issue d’une semaine d’audience « insoutenable » pour les parties civiles, contraintes de revivre le calvaire de la petite fille, la Cour a estimé que les « actes de torture et de barbarie » imputés au beau-père étaient caractérisés. Il est également reconnu coupable de l’avoir maltraitée pendant des mois – coups, bains d’eau glacée, heures « au coin » –, lui jetant même des excréments.

Dans la soirée du 17 mai 2016 à Neuf-Mesnil, près d’Avesnes-sur-Helpe, Jason O. avait aspergé l’enfant avec de l’eau brûlante avant de l’enduire de crème et de la coucher. La mère, Ana Maria B., n’avait rien fait pour secourir sa fille.

« Huis clos sordide »

Pendant cinq jours, magistrats, avocats et experts ont tenté de saisir les contours d’un « huis clos sordide » dans lequel « chacun a continué sa vie, indifférent aux souffrances endurées » par Mélinda, selon Me Hugo Van Cauwenberge, l’avocat du père de la petite victime.

Mélinda vivait « dans un taudis », entourée « de drogue, d’alcool et de crasse », a lâché un témoin en larmes, le médecin du couple relatant la « maigreur » de l’enfant et sa « solitude ». « Je suis responsable », mais « jamais j’ai voulu sa mort ! », s’est défendu Jason O., niant le caractère intentionnel des blessures et assurant « aimer » Mélinda.

« Cette mère est-elle capable d’aimer ? », a demandé mercredi la présidente Anne Cochaud-Doutreuwe. « Comme une enfant », a répondu l’experte psychologue, la jugeant « incapable d’investir une fonction maternelle », car concentrée sur ses démêlés amoureux.

Une enquête sociale avait été ouverte

Elle avait déjà perdu sa fille Joulia, décédée en 2013 quand son parrain l’avait laissé tomber. A la mort de Mélinda, elle était poursuivie pour des maltraitances, avec ses deux autres enfants placés.

Le drame aurait-il pu être évité ? « Dès la fin janvier » – cinq mois environ avant les faits –, le juge des enfants avait été alerté par un courrier du père de Mélinda : il avait alors saisi l’AGSS (Association de gestion des services sociaux) de Maubeuge, déclenchant une enquête sociale.

« Que s’est-il passé [jusqu’à] la première visite de l’éducatrice en avril », puis « entre l’achèvement le 3 mai de son rapport – inquiétant – et sa réception par le juge mi-mai ? », se sont interrogés les avocats des parties civiles, pointant une « lourdeur administrative » et des « délais trop longs ». Ils entendent engager une action en responsabilité à l’encontre des services sociaux.