Voyage présidentiel, soutiens régionaux... Un livre éclaire les liens forts entre le RC Lens et les politiques

FOOTBALL Dans son livre « Retour vers le futur », le journaliste Benoît Dequevauviller raconte les soubresauts sportifs, économiques et politiques du RC Lens depuis 2014

Francois Launay

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Le RC Lens rêve de revenir en Ligue 1
Le RC Lens rêve de revenir en Ligue 1 — F.Launay/20 Minutes
  • Dans son livre « Retour vers le futur », le journaliste Benoît Dequevauviller raconte les soubresauts sportifs, économiques et politiques du RC Lens depuis 2014.
  • On y découvre notamment comment François Hollande, président de la République de 2012 à 2017, a usé de son influence pour aider le club.
  • Le rôle de Daniel Percheron, ex-président du conseil régional et fan absolu du RC Lens, est aussi très important ces dernières années.

De Mammadov à Oughourlian, d’un oligarque azéri à un financier de la City, d’un dépôt de bilan évité de justesse à une troisième place actuelle de Ligue 1 : en six ans, le RC Lens est passé par toutes les émotions. Des soubresauts sportifs, économiques et politiques de 2014 à 2020 que raconte Benoît Dequevauviller dans son livre « Retour vers le futur » publié aux éditions Les Lumières de Lille (20 euros). Ce quatrième opus du journaliste, qui écrit sur le Racing depuis 2008, nous plonge une nouvelle fois dans les coulisses des Sang et Or.

Le livre, qui fourmille d’anecdotes, raconte à quel point le club lensois est devenu un enjeu politique à lui seul. Exemple en 2014. A cette époque, le Racing est tout proche du dépôt de bilan. Détenu par Hafiz Mammadov, Lens attend désespérément les millions promis par l’homme d’affaires azéri.

Quand Hollande emmène Martel en visite officielle en Azerbaïdjan

Sauf que l’argent n’arrive pas. Et Gervais Martel, président emblématique du RC Lens jusqu’en 2018, se démène pour sauver son club. Jusqu’à aller frapper à la porte de François Hollande, alors président de la République, qui décide de l’emmener dans un voyage officiel en Azerbaïdjan en mai 2014

« A la base, le RC Lens reste une PME. Et comme me l’ont dit plusieurs chefs d’entreprise, on ne connaît pas beaucoup de patrons de PME qui vont sur le porte-bagages du président de la République dans un voyage officiel. A l’époque, il manque 10 millions d’euros, promis par Mammadov, dans les caisses du club. Et c’est l’État azéri qui les met », raconte Benoît Dequevauviller.

Daniel Percheron, un homme politique fou du RC Lens

Mais pourquoi le chef de l’Etat français a-t-il décidé de voler au secours d’un club de foot ? Selon le journaliste, tout s’explique par sa proximité avec le socialiste Daniel Percheron, ex-président du conseil régional (2001-2015) et fan absolu du RC Lens.

« Percheron a toujours été un fidèle du clan Hollande. Et à l’époque, ça va très mal pour le PS car le Front National montre le bout du nez partout dans la région. Marine Le Pen est même venu voir un match à Bollaert où plein de VIP ont pris des photos avec elle. Percheron a dû dire à Hollande de faire attention à ne pas faire disparaître un club aussi populaire dans un bastion socialiste en grand danger sur le plan politique ».

La Région s’est substituée au club pour financer la rénovation de Bollaert

Preuve de l’attachement viscéral du politique à son club de cœur, Daniel Percheron n’a d’ailleurs pas hésité à se substituer au RC Lens, alors en difficulté financière, pour faire prendre en charge par le conseil régional une partie des travaux de rénovation du stade de Bollaert en vue de l’Euro 2016.

« C’est l’un des gros dossiers que Joseph Oughourlian a dû régler à son arrivée au club en 2018. Après le départ de Percheron du conseil régional, le club a dû solder la TVA, les travaux… Tout ça s’est réglé directement entre Joseph Oughourlian, Gervais Martel et Xavier Bertrand, successeur de Percheron à la région », poursuit Dequevauviller.

Oughourlian, le financier de la City devenu fan du club

Président du club depuis 2018, Joseph Oughourlian paraît être à des années-lumière de ce fonctionnement. Pas né dans la région, dirigeant d’un fonds d’investissement à la City de Londres, l’homme d’affaires, qui a investi 45 millions d’euros au club, semble très éloigné du tissu politique local. A la base, le patron d’Amber Capital n’avait même pas prévu de s’y frotter.

« Il ne voulait surtout pas gérer l’opérationnel. C’est un homme issu de l’économie mondiale qui a une gestion à l’anglo-saxonne, sans paternalisme. Par exemple, il a fait le PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) avec 40 licenciements que Gervais Martel s’était toujours refusé à faire. Ce n’est pas un fan de foot mais au fur et à mesure, il a commencé à se piquer au jeu et à devenir dingue du RC Lens », raconte l’auteur du livre.

Un conseil d’administration très politique

Une passion qui a conduit « Monsieur Joseph » à s’entourer d’appuis locaux. « Si Joseph Oughourlian a de l’argent et est doué en affaire, il a bien conscience qu’il lui manque quelque chose d’incontournable : le tissu relationnel et le réseau politique dans les Hauts-de-France. C’est pour ça qu’il a fait entrer Christian Legrand, ex-directeur d’Auchan Retail, et Daniel Percheron au conseil d’administration. Et il consulte aussi très souvent Gervais Martel sur la gestion du club », assure Dequevauviller.

Si le RC Lens a changé de dimension économique, il garde encore les pieds bien ancrés dans la politique locale.