Coronavirus : « Après la première vague, aucune leçon n’a été tirée », assure un collectif de soignants

INTERVIEW A la tête d’un collectif de soignants en colère, l’anesthésiste nordiste Arnaud Chiche alerte sur les dangers qui guettent l’hôpital avec la deuxième vague épidémique

Propos recueillis par Gilles Durand

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Arnaud Chiche, réanimateur à la polyclinique d'Hénin-Beaumont et président du collectif «Santé en danger»
Arnaud Chiche, réanimateur à la polyclinique d'Hénin-Beaumont et président du collectif «Santé en danger» — AC
  • En créant, cet été, le collectif « Santé en danger », Arnaud Chiche est devenu un fer de lance de la contestation des soignants.
  • Ce médecin anesthésiste d’Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, craint une deuxième vague épidémique du Covid-19 plus compliquée à gérer à l’hôpital.
  • Il dénonce le fait qu’aucune leçon n’a été tirée de la première vague.

Tout est parti d’un post sur Facebook. En créant, cet été, le collectif « Santé en danger », Arnaud Chiche est devenu un fer de lance de la contestation des soignants. Pour ce médecin anesthésiste de la polyclinique d’Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, une deuxième crise sanitaire du Covid-19 se profile à l’horizon. Il explique les raisons de sa colère à 20 Minutes.

Comment appréhendez-vous la deuxième vague épidémique liée au coronavirus ?

Comme beaucoup, j’ai été un ouvrier de la première crise sanitaire au printemps et j’ai été frappé par la pénurie de matériels et de tests. Mais j’ai aussi été bouleversé par le côté héroïque des soignants. Tout le monde s’est mis en mode commando avec les risques que cela comportait. Nous avons eu un médecin urgentiste sous oxygène. Après cette première vague, les experts savaient qu’il fallait se préparer à la deuxième. Or, aucune leçon n’a été tirée et ça recommence.

Les hôpitaux seront-ils confrontés aux mêmes problèmes ?

Ça risque même d’être pire. Sur la ligne de départ, on sera moins fort. A Lens, par exemple, six infirmières sont parties. Le personnel est épuisé et déçu des promesses qui n’ont pas été tenues lors du Ségur de la Santé. Les soignants des hôpitaux privés, qui sont venus prêter main-forte et n’ont touché aucune prime, sont échaudés. Aucun lit n’a été ouvert, les respirateurs commandés sont de qualité douteuse. La situation reste gérable mais elle est très préoccupante.

C’est-à-dire qu’on peut revivre le scénario du printemps ?

Selon les modélisations, on est au début d’une nouvelle crise. Le CHU de Lille accueille déjà 50 malades Covid et 21 sont en réanimation. A Tourcoing, il y a 34 malades Covid et 6 personnes en réanimation. A Hénin-Beaumont, nous restons en dessous des 10 malades en réanimations alors qu’habituellement, nous n’en avons quasiment jamais*. Les hôpitaux sont au-delà des 30 % de malades Covid.

Comment expliquer cette situation ?

Rien, n’a été fait. La politique des tests a été menée n’importe comment. Il n’y a pas eu d’ouvertures de lits, ni de recrutement de personnels. Il faut savoir que l’hôpital est en permanence en flux tendu. Nos dirigeants doivent comprendre que cette tension hospitalière ne doit pas être la normalité. Je me bats contre cette incapacité systématique à pouvoir absorber un afflux supplémentaire de patients. Va-t-il falloir, une fois de plus, redéprogrammer des soins avec les risques de santé que cela comporte ?

Se dirige-t-on vers autant de décès ?

Il devrait y en avoir moins. Nous nous sommes rendu compte que placer les malades en coma artificiel pouvait aggraver leur situation. La prise en charge est modifiée. Nous connaissons un peu mieux cette maladie. Elle est très inflammatoire. Avec les corticoïdes permettant de freiner cette inflammation et le placement sous oxygène à haut débit des patients, on obtient de meilleurs résultats.

Comment est né votre collectif ?

Cet été, les conclusions du Ségur de la santé m’ont mis très en colère. Comment peut-on faire ça alors que l’hôpital se meurt depuis vingt ans ? J’ai publié sur Facebook un post très provocateur qui a fait l’objet de nombreux témoignages. Fin juillet, avec six confrères, nous avons décidé de créer un collectif apolitique et hors des syndicats. Notre objectif : organiser une convention citoyenne de la santé et obtenir un Ségur 2. Nous réclamons des embauches massives immédiates et une revalorisation des salaires.

* Chiffres recueillis mardi.