Coronavirus à Lille : Des questions autour d'un vieil anti-infectieux qui pourrait soigner le Covid-19

SANTE L’Institut Pasteur de Lille espère commencer rapidement les essais cliniques sur un médicament permettant peut-être de lutter contre le Covid-19, notamment grâce à une aide de la région Hauts-de-France

Gilles Durand
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La virologue spécialiste des coronavirus, Sandrine Belouzard, participe à l'étude sur le repositionnement d'un médicament pour lutter contre le Covid-19.
La virologue spécialiste des coronavirus, Sandrine Belouzard, participe à l'étude sur le repositionnement d'un médicament pour lutter contre le Covid-19. — G. Durand / 20 Minutes
  • L’Institut Pasteur de Lille vient d’annoncer avoir trouvé un médicament déjà sur le marché et qui pourrait servir d’antiviral contre le Covid-19.
  • Après avoir passé avec succès les expériences de laboratoire, cette molécule doit être testée sur des malades lors d’essais cliniques.
  • La région Hauts-de-France doit voter une aide 785.000 euros en novembre pour financer une partie de ces essais cliniques.

Une lueur d’espoir. L'Institut Pasteur de Lille vient d’annoncer avoir trouvé une molécule – déjà sur le marché sous forme de médicament – qui pourrait servir d’antiviral contre le Covid-19. Après avoir passé avec succès les expériences de laboratoire, cette molécule doit être testée sur des malades lors d’essais cliniques. Une découverte qui soulève des questions.

Etait-il plus simple et rapide de trouver un traitement plutôt qu’un vaccin contre le Covid-19 ?

C’est une question de stratégie. Dès le mois de mars, Pasteur avait lancé, avec le laboratoire pharmaceutique Apteeus, un programme de recherche consistant à cribler environ 2.000 médicaments bénéficiant déjà d’une autorisation de mise sur le marché. « On va peut-être découvrir une activité antivirale chez une molécule utilisée pour un autre usage », expliquait Apteeus, à 20 Minutes, à l’époque. Et ce fut le cas.

« Développer un nouveau médicament spécifique contre la maladie aurait demandé davantage de recherches et des essais cliniques beaucoup plus complets, donc davantage de temps », explique Sandrine Belouzard, virologue à Pasteur qui travaille, par ailleurs, sur un autre projet de recherche d’une nouvelle molécule contre les coronavirus, d’aujourd’hui et de demain.

Pourquoi l’Institut Pasteur a été le seul à dénicher ce médicament ?

D’autres laboratoires dans le monde ont engagé la même démarche de criblages de médicaments existants, mais cette molécule n’était visiblement présente que dans la collection d’Apteeus, une des plus vastes du monde. Il s’agit d’un médicament fabriqué à petite quantité et qui, selon nos informations, a été utilisé comme anti-infectieux en France, il y a quelques décennies. Il reste utilisé dans certains pays européens.

Si son efficacité est validée par les essais cliniques, il pourra être développé sous forme de comprimés et utilisé dès les premiers symptômes afin d’éviter les complications vers des formes plus graves de cette maladie, mais aussi pour réduire rapidement le phénomène de contagion.

Est-on certain que ce médicament sera efficace ?

Ce médicament n’ayant pas été fabriqué pour soigner le Covid-19, son efficacité ne sera pas forcément optimale. « Les essais cliniques vont montrer s’il est aussi robuste dans le corps humain que sur des modèles que nous avons utilisés », souligne Sandrine Belouzard. Au fil des mois, cette molécule a subi une batterie de tests de plus en plus pointus.

« On a éliminé les médicaments au fur et à mesure. On a eu peur, à un moment donné, de n’en trouver aucun de résistant », avoue la virologue spécialiste des coronavirus. Les derniers tests sur des épithéliums respiratoires (cellules des bronches reproduisant le tissu et l’activité d’un poumon) ont finalement permis d’en ressortir un seul dont le nom reste pour l’instant secret pour éviter toute spéculation.

Pourquoi le projet est-il au point mort ?

Pasteur a besoin de cinq millions pour boucler les essais cliniques qui doivent avoir lieu dans les centres hospitaliers de Lille et Tourcoing, ainsi qu’au sein des cliniques privées de l’Institut catholique de Lille.

Pour l’instant, seule la région Hauts-de-France, par la voix de son président (DVD) Xavier Bertrand, a d’ores et déjà annoncé son intention de verser une aide. Une délibération est prévue, le 13 octobre, pour octroyer une première tranche de 785.000 euros. La région avait déjà subventionné un autre projet de Pasteur concernant la lutte contre le Covid en mars, à hauteur de 200.000 euros.