Lille : « C’est important de montrer qu’une fille peut réussir dans la recherche scientifique », souligne une chercheuse primée

SCIENCES Une ancienne lauréate de la Fondation L’Oréal et l’Unesco explique l’intérêt de cette bourse pour motiver les jeunes filles à faire de la recherche scientifique

Propos recueillis par Gilles Durand

— 

Alicia Mayeuf, chercheuse en biologie, dans son laboratoire de l'Institut Pasteur de Lille.
Alicia Mayeuf, chercheuse en biologie, dans son laboratoire de l'Institut Pasteur de Lille. — AM
  • Chaque année, la Fondation L'Oréal et l'Unesco récompensent de jeunes chercheuses dans le monde.
  • Il y a deux ans, la Nordiste Alicia Mayeuf avait obtenu une bourse pour ses travaux en biologie à l'Institut Pasteur de Lille.
  • Cette bourse lui a permis de nouer de nouvelles collaborations à l'étranger.

Conjuguer la recherche scientifique au féminin. Chaque année, la Fondation L’Oréal et l’Unesco récompensent de jeunes chercheuses dans le monde. En France, ces femmes représentent encore moins d’un tiers du monde de la recherche scientifique, mais surtout, près de 90 % des postes à responsabilités dans le secteur de la recherche sont occupés par des hommes.

Il y a deux ans, la Nordiste Alicia Mayeuf avait obtenu une bourse pour ses travaux en biologie au sein du laboratoire du professeur Barts Staels à l’Institut Pasteur de Lille. 20 Minutes lui a demandé ce que cette récompense avait changé pour elle.

Quel est votre domaine de recherche ?

Je travaille sur l’importance de l’horloge biologique dans nos cellules-souches musculaires. Ce sont ces cellules qui permettent aux muscles de se régénérer après des blessures. Dans notre équipe, nous cherchons à savoir comment ces cellules sont affectées par désynchronisations de l’horloge biologique. On sait que la lumière, l’alimentation et l’exercice physique aident à synchroniser cette horloge et que les perturbations peuvent entraîner des pathologies allant jusqu’au cancer.

A quoi ça sert de connaître ce fonctionnement des cellules-souches par rapport à l’horloge biologique ?

Mieux connaître ce fonctionnement permettrait de rendre plus efficaces les injections de cellules-souches lors de traitements contre la myopathie, par exemple. Mais aussi de savoir à quel moment de la journée une greffe est la plus efficace. Ou encore de savoir comment se comportent les cellules-souches de travailleurs postés, qui travaillent la nuit.

Que vous a apporté cette bourse, il y a deux ans ?

D’un point de vue financier, les 20.000 euros m’ont permis d’établir de nouvelles collaborations à l’étranger et de présenter mes travaux devant des experts mondiaux aux Etats-Unis. Cette reconnaissance d’une expertise permet aussi d’obtenir d’autres financements pour la recherche. C’est un effet spirale.

Et sur le plan médiatique ?

J’ai reçu beaucoup de courriers de lycéennes et de jeunes filles. Cette médiatisation permettait de les conforter dans leur choix de suivre une carrière scientifique car ce n’est pas toujours simple. L’an dernier, j’ai aussi été ambassadrice de la Fête de la Science. C’est important de montrer qu’une fille peut réussir dans ce domaine pour motiver les autres.

C’est une forme de militantisme ?

Je ne sais pas si je suis militante. Les filles ont tendance à s’empêcher de faire des études scientifiques poussées. Parfois pour des raisons d’image, mais aussi par manque de confiance en elle ou par peur de se lancer sur le long terme, en rapport avec leur vie personnelle.

Est-ce que le machisme existe encore dans les études scientifiques ?

Je n’y ai jamais été confrontée car dans mon domaine, la biologie, il y a beaucoup de femmes. C’est plus problématique dans d’autres matières. C’est plus compliqué pour une fille de suivre de longues études de mathématiques ou de physique parce que ce sont des domaines où il y a encore beaucoup d’hommes.

Quelle est votre ambition professionnelle ?

A l’heure actuelle, je fais partie d’une équipe de 12 personnes et j’ai la chance de pouvoir être autonome sur mes recherches. J’aimerais, un jour, diriger un laboratoire de recherche et encadrer une équipe. Mais avant cela, il faut signer et publier de nombreux travaux. Et chaque réponse à des questions scientifiques qu’on se pose amène de nouvelles questions. Il reste donc beaucoup de travail à effectuer.

Une chercheuse toulousaine primée pour une étude sur les abeilles

Une lauréate originaire de Roubaix. A l’occasion de la semaine de la fête de la science, qui se tient du 2 au 12 octobre, une jeune chercheuse originaire de Roubaix est récompensée, ce jeudi, par le prix Jeunes Talents L’Oréal-Unesco. Il s’agit de Najate Ait-Ali Maamri. Diplômée de l’université d’Evry, elle a travaillé dans un laboratoire sur les rétinites pigmentaires, avant de mener un projet de recherche spécifique : comprendre le mécanisme d’un facteur qui est essentiel à l’acuité visuelle. Elle élabore, aujourd'hui, des traitements pour empêcher la cécité dans les cas de dégénérescence héréditaire de la rétine. Elle est aussi à l’origine de plusieurs découvertes importantes permettant de se rapprocher de solutions thérapeutiques.