Avec Epode, les enfants mordent la carotte

Stéphanie Maurice

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« C'est bon les carottes, pour grandir, pour être sage... », tente une animatrice auprès d'un garçonnet pas du tout convaincu. Brigitte Decamps, la dame de la cantine de l'école Jean-Mineur, à Valenciennes, ajoute un « c'est pour goûter », et une petite louchée des rondelles de carottes persillées. Elle ne se fait pas d'illusions, ce sont les coquillettes qui seront dévorées, pas le légume. « Mais s'il revient pour avoir plus, il n'aura que des carottes », s'écrie-t-elle. C'est la règle ici : pas d'abondance de pâtes et de frites, surtout pour les mômes un peu trop ronds. C'est la règle d'Epode, programme de lutte contre l'obésité, mis en place en 2007 à Valenciennes.

Brigitte Decamps connaît par coeur ses petits démons du midi, et c'est par elle que passe la surveillance des portions des uns et des autres. « Les mamans croient bien faire, on voit souvent des enfants de 12 ans qui ont le même steak dans leur assiette que leur père », remarque Christine Burman, responsable du projet Epode à la mairie.

L'idée ? Eduquer les enfants pour changer le comportement des parents. Un signe de changement ? Dans une des cinq écoles concernées, les mères demandent des recettes pour manger mieux et pas cher. Les équipes du repas de midi ont été formées par une diététicienne. Et ça bouge après le repas : foot en salle, badminton, balle au prisonnier quand le temps le permet. Et quand il gèle, dominos et lotos apprennent aux enfants les règles de l'équilibre alimentaire.

Ce programme a fait ses preuves pour la première fois à Fleurbaix-Laventie, dans le Pas-de-Calais. En 1992, le taux de surpoids et d'obésité de la population y était de 11,5 %, équivalent à celui des villes alentour. En 2004, il était de 8,8 % à Fleurbaix et de 17,6 % dans les autres communes. Un amaigrissement spectaculaire, que veut suivre le Valenciennois : sur 2 000 enfants, 26 % sont en surpoids et obèses. La moyenne nationale est à 18 %. ■