Lille : Un « procès symbole » du trafic de drogue dans le quartier de Moulins

PROCES En juillet, une comédienne s’est retrouvée la mâchoire fracassée pour avoir tenu tête à des dealers

20 Minutes avec AFP

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Un palais de justice en France. (illustration)
Un palais de justice en France. (illustration) — REMY GABALDA / AFP

« La mâchoire fracassée », pour avoir tenu tête aux « dealers » : une comédienne lilloise a témoigné vendredi devant le tribunal après son agression mi-juillet dans son quartier miné par le trafic de drogue, qui avait fait réagir la maire Martine Aubry et déclenché plusieurs opérations policières. Le prévenu, âgé de 21 ans, a finalement été condamné à dix mois de prison avec sursis probatoire et obligation de suivi pendant deux ans, avec entre autres l’interdiction d’approcher le quartier et de contacter la victime.

Le 18 juillet, alors qu’elle rentrait chez elle avec sa mère et sa fille, Cécile Thircuir a une altercation avec deux jeunes hommes postés sur une place de parking lui avait valu un coup de poing au visage, brisant sa mâchoire. « J’allais faire un créneau et les ai vus se poster, volontairement, au milieu de la place. Fatiguée de tout ça, j’ai décidé de reculer tout doucement. Et là 'boum !', claquement sur le pare-brise, insultes… », raconte Cécile Thircuir. La comédienne répond « de manière ferme », la tension grimpe. « Il y a eu des phrases du type 'chienne (…), je vais te faire vivre un enfer' », tremble-t-elle.

« Ce n’est pas moi qui l’ai frappée ! »

La famille rentre, mais s’aperçoit au moment du coucher que « les doudous sont dans la voiture ». Se croyant « respectée », Cécile Thircuir ressort, regarde ses agresseurs et lance : « Je vous interdis de m’emmerder quand je suis avec ma fille ». « Un type est venu se coller à moi, (…) m’a mis un coup de poing. Je me suis retrouvée par terre, avec un trou entre les incisives », se souvient-elle, le souffle court. Sur son téléphone, une photographie de celui qu’elle désigne comme son agresseur, un homme de 21 ans jugé seul vendredi.

« Ce n’est pas moi qui l’ai frappée ! », assure le jeune homme. S’il reconnaît avoir participé à la première dispute, il assure être « parti faire du sport » à proximité avant l’agression, revenant au moment où il « entendait des cris ». A Moulins depuis six ans, « j’aimais mon quartier, mixte, vivant », même si je « constatais » le trafic de drogue. « Mais depuis le déconfinement, les cadres ont explosé, il n’y a plus de limites… », estime Cécile Thircuir. Se voulant « citoyenne », elle « tente de dialoguer », mais finit par se tourner vers la mairie, déplorant « l’abandon politique » d’un quartier.

Après un mois d’arrêt de travail, Cécile Thircuir peine à ouvrir la bouche. Angoissée « jour et nuit », elle a dû déménager. Son avocate, Hélène Vatinel, note les « trois coups de masse » récemment portés sur le pare-brise de sa voiture, possiblement pour l’intimider. Depuis l’agression, Martine Aubry a réagi dans la presse, regrettant le « manque de moyens » de la police et « l’enfer » vécu par les habitants, en appelant au ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. La police a mené plusieurs opérations, ramenant « un peu de calme ».