Lille : « Depuis le déconfinement, il n’y a plus personne » qui donne son sang

SANTE L’Etablissement français du sang (EFS) alerte sur le niveau dramatiquement bas des réserves et incite les gens à venir donner

Mikaël Libert

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Hortense, une donneuse régulière de sang à Lille.
Hortense, une donneuse régulière de sang à Lille. — M.Libert / 20 Minutes

Joie de donner, plaisir de recevoir. La semaine dernière l’Etablissement français du sang (EFS) a lancé une alerte nationale sur l’état des stocks de poches de sang. Jamais depuis dix ans ils n’avaient été aussi bas. Une pénurie qui inquiète d’autant plus que les opérations chirurgicales non urgentes ont repris après avoir été interrompues pendant le confinement. Alors, pourquoi les donneurs se font-ils rares dans les centres ? Faut-il avoir peur de donner son sang en pleine crise du coronavirus ? Reportage à Lille.

Mercredi, il n’y avait en effet pas foule au centre de don du sang situé près de la gare de Lille. Dans la salle d’attente, seuls deux fauteuils sur une quinzaine étaient occupés par des personnes affairées à remplir le questionnaire de santé réglementaire. « On ne va pas dire que c’est toujours plein en temps normal, mais en ce moment, c’est particulièrement calme », assure une des deux employées à l’accueil. « On est environ à moins 20 % par rapport à d’habitude et on ne peut pas dire que c’est uniquement à cause du coronavirus », reconnaît le docteur Isabelle Renard, la responsable du centre.

Une affluence inattendue pendant le confinement

En effet, il s’est produit quelque chose d’assez inattendu au cours du mois de mars dernier. « Alors que l’on était en plein confinement, on a vu les dons grimper en flèche. Il y avait des files d’attente jusqu’au coin de la rue », se rappelle le Dr Renard. Une poussée d’altruisme ? Peut-être, mais pas seulement. « Donner son sang faisait partie des raisons qui permettaient de sortir de chez soi sans risquer une amende », affirme la responsable, déplorant qu’au « déconfinement, il n’y avait plus personne. » Certes, les stocks étaient bien remplis à ce moment, sauf que le sang ne peut se conserver indéfiniment : « 42 jours pour les globules rouges et 7 seulement pour les plaquettes », précise le médecin.

Dans la salle de prélèvement aussi la plupart des fauteuils sont inoccupés. « J’ai reçu un texto pour m’inciter à venir donner. J’essaye de le faire régulièrement », explique Hortense, 27 ans, masque sur le nez et aiguille dans le bras. « Si les gens ont peur de se faire contaminer, je les assure qu’il n’y a pas de risque. Nous avons renforcé les mesures d’hygiène habituelles qui étaient déjà très strictes », insiste le Dr Renard.

Le but du centre lillois est de gagner de nouveaux donneurs et surtout de les fidéliser. « Bien accueillir, le sourire et bien piquer pour ne pas faire mal », c’est la règle ici. L’équipe mise aussi beaucoup sur le second cerveau de l’être humain : son ventre. Il y a un vrai restaurant dans lequel les donneurs sont servis à table après avoir choisi leur collation dans un menu qui n’a rien à voir celui d’un hôpital. L’ambiance est cosy et sans blouse blanche. « On fait même des soirées à thème le jeudi avec des activités comme des massages ou de la pose de vernis », se félicite la responsable.