Coronavirus à Lille : Petites ou grandes, les salles de spectacle rouvrent dans un contexte incertain

EPIDEMIE Les hauts lieux du spectacle lillois sont en train de rouvrir dans un contexte sanitaire et économique très incertain

Francois Launay

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Lille, le 17 decembre 2013. Le chanteur belge Stromae en concert a l'Aeronef quelques jours seulement apres avoir recu deux recompenses aux NRJ Music Awards (Meilleur artiste masculin francophone et meilleure chanson francophone de l'annee avec Formidable).
Lille, le 17 decembre 2013. Le chanteur belge Stromae en concert a l'Aeronef quelques jours seulement apres avoir recu deux recompenses aux NRJ Music Awards (Meilleur artiste masculin francophone et meilleure chanson francophone de l'annee avec Formidable). — M.Libert/20 Minutes
  • La crise sanitaire a mis à genoux le monde du spectacle.
  • A Lille, salles de concert et de spectacle rouvrent progressivement après des mois de galère.
  • Mais le contexte sanitaire et les règles qu’il impose rendent l’avenir très incertain.

Ils appartiennent à l’un des secteurs les plus touchés par la crise sanitaire. Depuis le 16 mars et le début du confinement, les directeurs ou responsables de salles de spectacle lilloises vivent un véritable cauchemar.

Pour la plupart, ils viennent seulement de rouvrir leurs portes. Comment s’en sortent-ils ? Peuvent-ils tenir longtemps avec des jauges réduites et des règles sanitaires strictes ? Tour d’horizon d’un milieu en détresse.

Le Sébastopol a perdu 80 à 90 % de son chiffre d’affaires habituel

Haut lieu du spectacle lillois, le théâtre Sébastopol  est une institution de la capitale des Flandres. Qu’ils soient chanteurs, comédiens ou encore humoristes, ils sont nombreux à donner des spectacles dans ce lieu incontournable. Sauf que depuis six mois, le théâtre vit une période de vaches maigres.

Rouvert depuis le 12 septembre après six mois de fermeture, le Sébastol n’a accueilli que deux spectacles depuis la rentrée. Et ce ne sera pas beaucoup mieux d’ici la fin 2020 où seulement une dizaine de représentations est programmée.

« Normalement on fait 180 représentations par an. Mais avec le Covid, on a perdu 80 à 90 % de notre chiffre d’affaires. C’est énorme. Les rares spectacles maintenus ont lieu en jauge réduite. Pour ceux qui étaient complets, on a décidé de faire deux séances avec 700 personnes à chaque fois dans une salle qui peut normalement en contenir 1.380. Et encore, il faut que les artistes acceptent de jouer. Si un artiste nous réclame deux fois son cachet pour une recette qui ne change pas, on ne peut pas suivre », reconnaît Guy Marseguerra, directeur du Sébastopol.

La salle du Sébastopol lors d'un meeting de Jean-Luc-Mélenchon en octobre 2018
La salle du Sébastopol lors d'un meeting de Jean-Luc-Mélenchon en octobre 2018 - PHILIPPE HUGUEN / AFP

Conséquence, si 70 % des spectacles ont été reportés en 2021, d’autres ont été purement et simplement annulés. Heureusement, la majorité des spectateurs préfèrent encore garder leur billet plutôt que de se faire rembourser. Même si les finances ne sont pas encore un problème dans l’une des plus grandes salles lilloises. « On n’est pas spécialement inquiets car on a la trésorerie pour tenir. On n’a pas emprunté. Mais il ne faudrait pas que la situation s’éternise non plus, poursuit Guy Marseguerra qui a mis tous ses salariés en activité partielle.

203 jours sans concert à l’Aéronef

Même décision à l’Aéronef, l’une des salles de concert les plus connues de la métropole. Ici, les portes de l’institution, fermées depuis le 16 mars, ne rouvriront que le 1er octobre après 203 jours sans concert. Et encore, la salle capable d’entasser 1.800 personnes debout en temps normal a dû s’adapter au contexte sanitaire.

Lille, le 17 decembre 2013. Le chanteur belge Stromae en concert a l'Aeronef quelques jours seulement apres avoir recu deux recompenses aux NRJ Music Awards (Meilleur artiste masculin francophone et meilleure chanson francophone de l'annee avec Formidable).
Lille, le 17 decembre 2013. Le chanteur belge Stromae en concert a l'Aeronef quelques jours seulement apres avoir recu deux recompenses aux NRJ Music Awards (Meilleur artiste masculin francophone et meilleure chanson francophone de l'annee avec Formidable). - M.Libert/20 Minutes

« On a créé une configuration assise avec 200 personnes max car c’est la seule façon pour nous de reprendre notre activité. Du coup, on a décidé d’installer une scène à 360 degrés au milieu de la fosse avec des chaises et des gradins tout autour. Economiquement, ce n’est pas rentable mais ça nous permet de rester visibles, de faire travailler les intermittents, les artistes et d’avoir quand même une activité », explique Alexandre Humbert, responsable du secteur de l’information à l’Aéronef.

Les comédiens de la Boîte à rire ont joué gratuitement cet été

Comme le Sébastol, la salle de concert a la trésorerie pour finir l’année. Mais 2021 deviendra compliquée si la situation sanitaire ne s’améliore pas. Plus petite et moins riche, la Boîte à Rire, un café-théâtre dédié à la comédie installé rue Gambetta, commence à avoir des sueurs froides. Ouverte depuis sept ans, la petite salle de 50 places, réduite à 20 sièges depuis le déconfinement, traverse clairement la période la plus dure de son existence. Jusqu’ici, elle vit toujours grâce à une solidarité de tous les instants et un système D qui a fait ses preuves depuis la réouverture de la salle le 10 juin.

« Les comédiens de la Boîte à Rire, qui sont intermittents, bénéficient d’une année blanche et ont donc accepté de jouer gratuitement pendant tout l’été. C’est ça qui nous a sauvés. Ils ont aussi fait une cagnotte qui nous a permis de payer un mois de loyer. Le propriétaire de la salle nous a aussi offerts deux mois de loyer. Et avec chômage partiel, on a pu continuer à payer notre seule salariée. Grâce à tout ça, on est encore debout. Mais on tremble. S’il y a un reconfinement, je ne sais pas si on rouvrira », s’inquiète déjà Sébastien Martinez, comédien et directeur artistique de la Boîte à Rire.

« C’est archi compliqué, on ne va pas se mentir »

Avec l’argent récolté pendant l’été, les comédiens sont de nouveau payés depuis la rentrée et la Boîte à Rire espère tenir comme ça cahin-caha jusqu’en janvier. « C’est archi compliqué, on ne va pas se mentir. Déjà, avec 50 places, on ne fait pas des millions. Quand tout le monde a été payé, il ne reste rien. Donc là, avec une jauge réduite à 20 sièges, il y a un manque à gagner à chaque représentation », avoue Sébastien Martinez.

Même pour les amateurs qui ne vivent pas (encore) du spectacle, la reprise est difficile. En octobre 2019, Habib a lancé le Loko Comedy Club, spécialisé dans le stand-up, au sous-sol d’un bar du Vieux-Lille. Fermé pendant six mois, la petite salle, qui permet aux débutants de tester leur spectacle, a rouvert jeudi dernier. Mais avec les nouvelles règles sanitaires, pas évident d’être à l’aise

Des masques qui empêchent de voir les réactions du public

« On a repris avec une jauge réduite de 60 à 30 personnes. Avant il n’y avait que des chaises. Maintenant, avec la distanciation sociale, on a dû rajouter des tables. Et surtout, les masques sont désormais obligatoires pour le public. Du coup, c’est un peu compliqué quand on est sur scène de ne pas voir les visages et le sourire des gens. C’est bizarre mais il vaut mieux ça plutôt que de ne pas remonter sur scène », confie le jeune homme.

Partout, chez les amateurs comme chez les professionnels, dans les petites ou grandes salles, on retrouve la même inquiétude avec, parfois, des pointes d’optimisme. Même si la lumière est encore loin de se rallumer au fond de la scène.