Lille : Quelle est l’efficacité des opérations « coup de poing » contre les trafics de drogue ?

SOCIETE La police du Nord communique désormais chaque semaine sur les opérations de lutte contre le trafic de stupéfiants

Gilles Durand

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Illustration de la Force de réponse immédiate (FRI), un des services d’investigation de la police lilloise dédié aux stupéfiants.
Illustration de la Force de réponse immédiate (FRI), un des services d’investigation de la police lilloise dédié aux stupéfiants. — DDSP du Nord
  • Une nouvelle opération antidrogue dans un quartier de Lille a été menée par la police.
  • La police annonce 85 interpellations dans ce quartier lillois depuis le début d'année.
  • Le syndicat de police Alliance s’inquiète d’une possible résurgence de la politique du chiffre.

Le retour de la politique du chiffre ? La Direction départementale de la sécurité publique (DDSP) publiait, vendredi, un communiqué sur une nouvelle opération antidrogue menée dans le quartier Moulins de Lille, dans le Nord. Bilan : cinq interpellations dont un acheteur, un guetteur positionné en point haut et trois « portiers », pour contrôler le hall d’immeuble.

L’opération a eu lieu, jeudi matin, dans la résidence de la Filature, là où, en juillet, une comédienne avait eu la machoire brisée par un dealer. Elle a permis de saisir 50 g d’héroïne conditionnée.

Au cœur des préoccupations policières et judiciaires

Dans ce quartier Moulins, particulièrement visé par la police, la police annonce avoir réalisé, depuis janvier, « 85 interpellations pour trafics de stupéfiants dont 11 guetteurs ». Les policiers y ont saisi environ 20 kg de cannabis, 8 kg d’héroïne, 1 kg de cocaïne et plus de 86.000 euros.

Longtemps niée par les autorités, l’ampleur du trafic de stupéfiants, dans la métropole lilloise, est aujourd’hui au cœur des préoccupations aussi bien policières que judiciaires.

Lorsque Carole Etienne a pris ses fonctions de procureur de la République à Lille, en avril, elle a de suite été marquée par le nombre important de trafics, y compris non loin de certains commissariats. Selon nos informations, la magistrate avait décidé, dès sa prise de fonction, de s’attaquer prioritairement à ce fléau.

« Il faut regagner le territoire »

Depuis, elle a été rejointe dans cette ambition par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui a fait du trafic de stupéfiants sa « première priorité ». La situation à Tourcoing, ville où il a été élu maire, n’étant pas la plus saine.

La police et la justice vont donc unir fortement leurs efforts dans cette lutte, dans les mois à venir. Une situation qui ravit le syndicat de police Alliance. « La réponse pénale n’était pas toujours suffisamment forte », souligne Arnault Boutelier, secrétaire régional adjoint.

Progression des trafics durant le confinement

Mais le syndicat s’inquiète aussi d’une possible résurgence de la politique du chiffre, en vigueur sous Nicolas Sarkozy, il y a dix ans. « Ces opérations sont utiles car il faut regagner le territoire, notamment avec la progression des trafics durant le confinement. Mais la mission de police ne doit pas se restreindre à lutter contre les trafics de drogue car les violences volontaires sont en recrudescence », confie le syndicaliste.

Et démanteler un réseau de trafiquants demande beaucoup de temps. « Délivrer des amendes pour les primo-délinquants, c’est bien, mais ça ne suffit pas, insiste Arnault Boutelier. On va taper dans certains endroits. Les dealers vont bouger et le problème ne fera que se déplacer. On n’a pas de méthodes pour réduire le fléau à 100 %. Le travail de fond nécessite des mois d’enquête. »