Migrants à Calais : La préfecture interdit la distribution de repas par des associations non mandatées

SOLIDARITE Dans un arrêté, la préfecture interdit aux associations non mandatées par l'Etat de distribuer des repas aux migrants, ces dernières s'indignent

20 Minutes avec AFP
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Illustration d'une distribution officielle de repas aux migrants, à Calais.
Illustration d'une distribution officielle de repas aux migrants, à Calais. — Mathieu Pattier / SIPA

Finie la solidarité en ordre dispersée. La préfecture du Pas-de-Calais a annoncé interdire aux associations non mandatées par l’Etat de distribuer des repas aux migrants à Calais, à partir de vendredi et jusqu’à la fin du mois de septembre.

« Il est interdit toute distribution gratuite de boissons et denrées alimentaires [dans une vingtaine de rues, quais, places du centre-ville] pour mettre fin aux troubles à l’ordre public et limiter les risques sanitaires liés à des rassemblements non déclarés », peut-on lire dans un arrêté, publié jeudi soir.

Non-respect des mesures de distanciation sociale

Dans la mesure où l’Etat a mandaté une association, La Vie Active, pour fournir « quatre distributions quotidiennes de repas », que l’Etat met à disposition des migrants 38 robinets d’eau cinq jours sur sept, dont « 22 accessibles 7 jours 7 » et que de l’eau est distribuée pendant les repas, la préfecture considère que « l’ensemble des prestations assurées permet d’apporter aux personnes migrantes des prestations humanitaires suffisantes au regard des besoins de cette population notamment alimentaires ».

La préfecture estime notamment que les repas que distribuent des associations non mandatées par l’Etat sont « caractérisés par le non-respect des mesures de distanciation sociale dans le cadre de la lutte contre la Covid-19, qu’elles créent des nuisances et que des déchets sont laissés sur place ».

« Une décision inhumaine »

Un prétexte que conteste François Guennoc, vice-président de l’Auberge des migrants. « Si l’Etat veut entasser les gens autour de l’hôpital », site de distribution de La Vie Active, « où il y a déjà 700 personnes, il prend ses responsabilités, mais on va arriver à une situation pire que précédemment », a-t-il estimé.

Son association indique distribuer chaque jour de 200 à 300 repas à des migrants sur un quai du centre-ville et plusieurs centaines d’autres cinq jours sur sept dans divers points de la ville. « Nos distributions sont qualifiées comme étant organisées de façon anarchique, alors que notre distribution près du port est tout à fait organisée, calme, on ramasse les déchets », insiste François Guennoc.

De son côté, le président de l’association Salam, Jean-Claude Lenoir, a dénoncé « une décision inhumaine, une erreur humanitaire et une maladresse politique », pointant « une surenchère électoraliste par rapport au Rassemblement national ».

Empêcher la création de points de fixation

Ce nouvel arrêté préfectoral est publié alors que le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a reçu, jeudi, la maire de Calais, Natacha Bouchart (LR). « Le ministre de l’Intérieur m’a indiqué qu’une attention toute particulière serait dès à présent portée au centre-ville afin d’empêcher la création de points de fixation (…) et d’interdire les distributions de repas organisées de façon totalement anarchique », a-t-elle assuré dans un communiqué.

La mairie avait pris un arrêté allant en ce sens, en octobre 2019. Mais en décembre de la même année, le tribunal administratif de Lille a jugé la mairie « incompétente » pour prendre des arrêtés visant à interdire dans certains lieux les distributions de repas aux migrants, comme elle le fit également en mars 2017.

« La police étant étatisée dans la commune de Calais, il n’appartenait qu’au préfet de prendre de telles décisions », concluait le tribunal.

Associations indignées

Fin juillet, Médecins du monde, Amnesty International, Médecins sans frontières, le Secours catholique et la Cimade se sont indignés que, dans cette ville et ses alentours, des centaines de migrants « n'[aient] aujourd’hui plus d’accès à l’eau potable, aux douches, à l’alimentation ».

Selon Natacha Bouchart, le ministère de l’Intérieur a également assuré que 30 officiers de police judiciaire arriveraient à Calais d’ici la fin du mois.