Lille : Les cyclistes lillois réclament plus de sécurité, après deux accidents mortels en quelques mois

SECURITE Dans une lettre ouverte publiée sur Internet, des cyclistes lillois interpellent les pouvoirs publics sur la sécurité à vélo dans la métropole

Francois Launay
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Un cycliste dans une rue de Lille (illustration).
Un cycliste dans une rue de Lille (illustration). — M.Libert / 20 Minutes
  • La mort accidentelle de deux cyclistes ces derniers mois à Lille (Nord) a provoqué la colère des usagers.
  • Dans une lettre ouverte publiée sur Internet, des cyclistes lillois interpellent les pouvoirs publics sur la sécurité à vélo dans la métropole ;
  • La métropole assure que 100 millions d’euros vont être investis d’ici 2026 dans les aménagements cyclables.

Ce sont deux morts de trop, deux morts en quelques mois qui ont provoqué la colère des cyclistes lillois. Renversés accidentellement à vélo à Lille, les décès successifs de Maïté, une jeune femme de 27 ans, puis de Jérôme Bonduelle, homme d’affaires de 51 ans, ont agi comme un électrochoc auprès des usagers de la bicyclette dans la métropole.

Fort de ses 3.800 membres, le groupe Facebook Cyclistes à Lille, qui s’échange bons plans, idées de balades ou encore mésaventures vécues à vélo, a décidé de pousser un coup de gueule. Dans une lettre ouverte à tous les maires de la métropole diffusée et signée sur le web par plus d’un millier de personnes, les adeptes du biclou réclament plus de sécurité auprès des pouvoirs publics. Avec un axe fort.

Les cyclistes réclament des voies protégées et différenciées

« Il faut des pistes cyclables à sens unique ou à double sens et protégées des voies réservées aux automobilistes. Il faut aussi des feux différenciés qui permettent aux cyclistes de passer sans embêter les voitures et sans se mettre en danger. C’est toujours aux cyclistes de s’adapter à la circulation automobile et ce n’est plus possible », s’énerve Charles Compagnie, administrateur du groupe Facebook.

Avec l’explosion de la pratique du vélo depuis le déconfinement, les cyclistes sont de plus en plus nombreux et les risques d’accident ont fatalement augmenté. « La seule solution, c’est vraiment de faire des voies différenciées, histoire d’éviter les portières qui s’ouvrent subitement par exemple. Tant qu’on fait des bornes cyclables, ça ne change rien », martèle Charles Compagnie.

La MEL va investir 100 millions d’euros dans les aménagements cyclables

Sauf que la Métropole européenne de Lille (MEL), qui gère les aménagements cyclables dans les 95 communes de la métropole, n’est pas tout à fait sur la même longueur d’onde. Pourtant, l’institution n’a pas lésiné sur les moyens avec 30 millions d’euros investis sur les aménagements cyclables entre 2016 et 2020.

« Ça représente 120 kilomètres et la levée de 22 points durs, souvent accidentogènes. C’est deux fois plus que ce qui avait été fait lors du mandat précédent (16 millions d’euros). Ça atteste bien que la MEL ne découvre pas ce sujet. Surtout, ce n’est pas fini car on va passer de 30 à 100 millions d’euros d’investissement dans le mandat qui s’ouvre. On va aménager un réseau cyclable plus continu et plus sûr pour les cyclistes », se défend Sébastien Leprêtre, maire de La Madeleine et vice-président en charge des mobilités à la MEL.

Une urbanisation qui rend compliquée l’aménagement de voies différenciées

Les moyens sont donc bien présents mais deux visions s’opposent sur la façon de sécuriser. Quand les cyclistes réclament des pistes différenciées, les élus répondent que le problème est plus compliqué que ça à cause notamment de l’urbanisation de la métropole.

« Je ne serai pas celui qui dira que la MEL a les moyens opérationnels de déployer des voies sécurisées sur l’ensemble du territoire métropolitain. Ce n’est ni réaliste ni réalisable. Ça nous renvoie à l’urbanisation de nos villes, à la façon dont elles sont organisées. Il y a un héritage historique, un passif lourd à porter dont il n’est pas facile de se débarrasser. Il faut zoomer sur les points durs, regarder au cas par cas et construire morceau par morceau pour améliorer la situation », insiste Sébastien Leprêtre.

La MEL promet une métropole bien plus cyclable et sécurisée d’ici à 2026

Plus que d’aménagements, la MEL préfère parler d’écosystème cyclable. C’est-à-dire aménager les voies mais aussi améliorer le stationnement cyclable et la lutte contre le vol de vélos. Une politique « qui se fera en concertation avec les usagers », assure le vice président en charge des mobilités. Il promet de gros changements : « Je pense qu’en 2026, le visage cyclable de la MEL aura considérablement changé. J’espère qu’on aura une métropole beaucoup plus sécurisée pour les cyclistes ».

Ne reste plus qu’à passer de la parole aux actes pour calmer la colère des cyclistes et éviter de revivre les drames des derniers mois. Le plus dur commence.