Les mairies dégèlent, le migrant se réchauffe

Claire Hohweyer

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« J'avais peur de mourir gelé », témoigne Dewar, réfugié afghan de 19 ans. Sa crainte s'est dissipée à l'arrivée de deux tentes chauffées à Grande-Synthe. Face aux inquiétudes des associations et à l'arrivée du grand froid, trois municipalités, Téteghem (UMP), Grande-Synthe (PS) et Loon-Plage (PRG) ont décidé de réagir. « Il y a une loi qui nous interdit de porter secours aux clandestins, explique Damien Carême, maire de Grande-Synthe (PS), mais il y en a une autre qui sanctionne en cas de non-assistance à personne en danger. On fait un pas en avant. » Depuis le 30 décembre, elles ont mis à disposition des tentes chauffées (dont une de 96 m²), des finances supplémentaires pour la distribution de repas quotidiens, ainsi que des couvertures et un accès aux douches.

Ainsi, à la ferme Caudron de Grande-Synthe, des planches en bois tapissent le sol à l'intérieur des tentes. Par-dessus, des couvertures et des sacs de couchage. A droite les Irakiens, à gauche les Afghans. Griffonnée sur un carton, une inscription évoque un rêve commun : « London dream's ». Cinquante migrants dorment au chaud à Grande-Synthe, quinze à Téteghem et vingt-cinq à Loon-Plage. Parfois, les tensions entre communautés se font sentir, entre Kurdes et Afghans notamment. « Nous n'avons rien d'autre à faire que d'attendre les repas », explique Faizi, dont la femme est enceinte de trois mois.

Autour des tentes, des parties de football s'improvisent pendant que les associations viennent à leur rencontre. Salam, le Secours catholique et le Mrap, rejoints par des habitants, gèrent les tentes et apportent cafés et chocolats. « Nous assurons aussi des gardes de nuit, explique Michel Candat, du Mrap. Nous fatiguons, et il faut surveiller les machines. » Ils tentent de responsabiliser deux ou trois migrants, mais les traversées régulières vers l'Angleterre empêchent la stabilité. Un Irakien, un « all-man » (homme à tout faire), ingénieur en son pays, répare le chauffage. Les municipalités, elles, assument ce soutien aux migrants. Mais elles insistent sur l'aspect « provisoire de cette solution » et en appellent à la responsabilité du grand absent du débat : l'Etat.