Seconde Guerre mondiale : La Coupole d’Helfaut rend hommage aux 9.000 déportés français du camp de Mittelbau-Dora

MEMOIRE L’historien de la Coupole d’Helfaut, dans le Pas-de-Calais, a coordonné l’édition d’un livre de 2.500 pages consacré aux 9.000 déportés français d’un camp de concentration

Gilles Durand

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Couverture du « livre des 9.000 déportés de France à Mittelbau-Dora».
Couverture du « livre des 9.000 déportés de France à Mittelbau-Dora». — PIB
  • Un livre retraçant la biographie des 9.000 déportés de France au camp de Mittelbau-Dora vient d’être publié.
  • Ce dictionnaire a été coécrit par 70 professeurs d’histoire sous la direction de Laurent Thiery, historien de la Coupole d’Helfaut, dans le Pas-de-Calais.
  • La reprise de l’épidémie du Covid-19 a obligé la Coupole d’Helfaut à reporter la cérémonie d’installation du premier exemplaire du livre, prévue ce week-end.

Un mémorial de papier de 4,2 kilos, 2.500 pages et 3.000 photos : Le livre des 9.000 déportés de France à Mittelbau-Dora est le tour de force de Laurent Thiery, historien de la Coupole d’Helfaut, dans le Pas-de-Calais. C’est dans ce musée consacré à la Seconde Guerre mondiale que devait avoir lieu, ce samedi, l’installation de l’exemplaire n°1 de ce livre qui tire de l’oubli les vies brisées de résistants.

La reprise de l’épidémie de Covid-19 a obligé la direction de la Coupole à reporter, pour la deuxième fois, la cérémonie d’installation dans l’espace dédié au centre d’extermination de Mittelbau-Dora. « Quarante familles de déportés devaient participer à cet événement, mais avec le retour du département en zone rouge, nous ne voulons prendre aucun risque », témoigne Laurent Thiery. Une première date avait été programmée en avril, et déjà reportée à cause du coronavirus.

Lien entre Dora et la Coupole d’Helfaut

Le livre mémoire, qui vient d’être publié aux éditions Cherche Midi, sera néanmoins mis en vente (49 euros) en librairie, à partir de ce jeudi*. Il est également consultable, sur rendez-vous, au centre de documentation de la Coupole.

Car il existe un lien entre le camp de Dora et le musée du Pas-de-Calais. Ce dernier est implanté dans le gigantesque bunker de béton construit par les nazis d’où devaient être tirés les V2, arme secrète d’Hitler qui devait, espérait-il, changer le cours de la guerre.

Projet lancé par André Sellier

Or, c’est à Dora que fut construite l’usine de fabrication du V2 en 1943, dans une ancienne mine du centre de l’Allemagne. Là, sans voir le jour pendant des mois, dans le vacarme des marteaux-piqueurs et sous le joug des SS, les hommes tombaient en nombre. Des 9.000 déportés depuis la France, seuls la moitié revinrent du « tunnel de Dora » et de ses camps satellites.

A chacun d’entre eux est désormais consacrée une notice biographique complète. Ce travail de titan a été coordonné par Laurent Thiery. Originaire de Normandie, l’historien a commencé à plancher sur ce projet de dictionnaire des déportés de Dora en 2012. Le projet avait été entrepris depuis 1998 par André Sellier, historien associé à La Coupole et ancien déporté.

Le travail de 70 auteurs

Fin 2014, un noyau dur de profs d’histoire retraités apporte leur concours aux recherches et à la rédaction. Environ 70 auteurs seront finalement mobilisés, dans chaque région de France. L’ex-ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, signe, elle, une émouvante préface, évoquant « les silences et les non-dits » autour de Dora. Son grand-père et deux de ses grands-oncles, antifascistes italiens des mines de Lorraine, y ont été déportés.

« Sans ce dictionnaire, des hommes pour lesquels on avait simplement la notion "disparu à tel endroit" n’auraient plus d’existence, souligne Laurent Thiery. Là, on les raccroche à des histoires, on dit qui étaient leurs camarades, avec qui ils ont été arrêtés… On les sort de l’oubli »,

*Le produit des ventes sera reversé au profit de la Fondation pour la mémoire de la déportation.