Nord : Le projet de fret ferroviaire du futur va-t-il profiter à la gare de Somain ?

TRANSPORTS La gare de fret de Somain, dans le Nord, peut-elle retrouver le même niveau d’activité grâce au projet de relance annoncé par le gouvernement ?

Gilles Durand

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En 2009, cheminots et  élus locaux manifestaient à Somain, pour la défense du fret ferroviaire et contre les menaces de fermeture de la gare de triage de la ville.
En 2009, cheminots et élus locaux manifestaient à Somain, pour la défense du fret ferroviaire et contre les menaces de fermeture de la gare de triage de la ville. — Philippe Huguen / AFP
  • L’assemblée nationale doit se pencher sur un éventuel plan de relance du fret ferroviaire en fin d’année ou au début 2021.
  • La gare de Somain, près de Douai, dans le Nord, pourrait profiter cette relance.
  • En France, le transport par rail ne représente que 9 % des marchandises, alors que la moyenne européenne se situe aux alentours de 18 %.

« J’ai du mal à y croire, mais j’espère me tromper ». Voilà quinze ans que Willy Dans, délégué syndical Sud de la SNCF se bat pour faire vivre le fret ferroviaire. Quinze ans qu’il voit l’outil se dégrader peu à peu. Alors depuis que l’Etat a annoncé, en juin, vouloir doubler la part du fret d’ici à 2030, il reste dubitatif.

« Il y a eu le Grenelle de l'environnement, la Cop 21… Les politiques ont toujours fait de beaux discours sur le sujet. La réalité, c’est la fermeture de 450 gares de fret et de la quasi-totalité des gares de triage en 15 ans. Il n’y a pas de volonté politique pour développer le rail face au lobby routier », déplore-t-il.

« La position de Somain est stratégique »

L’assemblée nationale doit néanmoins se pencher sur un éventuel plan de relance du fret ferroviaire en fin d’année ou au début 2021. D’ici là, le député (PCF) du Nord, Alain Bruneel, rappelle que, dans le Nord, un site ne doit pas être oublié : la gare de Somain, près de Douai.

En 2006, cette gare était encore un des passages obligés pour des milliers de wagons de marchandises. Elle employait 600 cheminots. « Aujourd’hui, il reste une soixantaine pour trier le seul train qui arrive encore du Bourget et effectuer les quelques dessertes locales restantes », souligne Willy Dans.

Or « la position de Somain est stratégique », selon Alain Bruneel. « Elle donne facilement accès aux pays du nord et de l’est et sa proximité avec le futur canal Seine Nord est un atout de taille », argumente-t-il. « Le réseau est toujours là. Il faut investir dans une infrastructure moderne et fiable », appuie Willy Dans.

Obsolescence des infrastructures

Car à Somain, comme ailleurs, les investissements ont été abandonnés. Un rapport de Fret ferroviaire français du futur (4F) – une coalition qui réunit tous les acteurs de la filière – pointe l’obsolescence des infrastructures et « un retard de maintenance accumulée d’un milliard d’euros depuis dix ans ». Et l’ouverture du marché à la concurrence, en 2005, n’a rien changé.

En France, le transport par rail ne représente que 9 % des marchandises, alors que la moyenne européenne se situe aux alentours de 18 % et que des pays comme la Belgique, la Suisse ou l’Autriche atteignent 30 %. « Cette situation découle d’une série de choix français d’équipements et de fiscalité depuis 40 ans », confirme le rapport de 4F.

Et cette alliance pour le fret ferroviaire de préciser : « Pour soutenir ces investissements, l’Etat, avec le soutien de l’Europe, doit promouvoir énergiquement le report modal vers le rail pour une logistique « propre ». (…) Ces investissements seront compensés dès 2035 grâce à l’évitement de coûts externes sur la santé, le climat et la qualité de vie ».