Lille : Interdite de boxe à cause d’un foulard, une étudiante brise le tabou d’une discrimination

SOCIETE Une étudiante dénonce le fait de devoir enlever son foulard pour pratiquer un sport de combat à l'université

Gilles Durand

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Assma (à droite) rêve toujours de faire de la boxe.
Assma (à droite) rêve toujours de faire de la boxe. — G. Durand / 20 Minutes
  • En septembre 2019, une étudiante roubaisienne a été exclue d’un cours de boxe pour avoir refusé d’ôter son foulard.
  • L’université de Lille a donné raison à la jeune femme dans la mesure où aucune loi, ni règlement n’empêche une étudiante de porter un voile.
  • Le Collectif contre l’islamophobie en France estime que cette problématique est sous-estimée au sein des universités françaises.

« Ma personne a été rabaissée à un morceau de tissu ». Quelques mois après son éviction d’un cours de sport, Assma reste marquée par cet épisode de discrimination. L’université de Lille a fini par présenter ses excuses à cette étudiante. Mais ce genre d’incident est loin d’être isolé dans les universités françaises, selon le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF).

En septembre 2019, Assma décide de pratiquer la boxe en option sport. Un rêve pour cette Roubaisienne de 23 ans, inscrite en licence d’Histoire. Or le premier contact avec le prof de sport se passe très mal. La jeune femme porte un foulard, ce qui a le don d’irriter l’enseignant.

« Je ne prends pas de voile, tu retires ton voile »

« Il m’a dit brutalement devant tout le monde : "Je ne prends pas de voile, tu retires ton voile" sans prendre le temps d’en discuter avec moi. Porter un foulard fait partie de ma culture, ce n’est pas forcément lié à des convictions religieuses. J’ai été choquée par sa réaction qu'on peut aussi considérer comme sexiste », explique-t-elle à 20 Minutes.

Le prof prétexte alors des raisons d’hygiène et de sécurité. Ce qu’Assma conteste : « On transpire davantage des mains avec les gants de boxe que de la tête avec un turban. Or les gants sont partagés par plusieurs étudiants sans se soucier de l'hygiène. »

Privée de boxe, l’étudiante demande une médiation et saisit le service juridique de la fac, avec l’aide du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). En effet, cette allergie au voile ne s’appuie sur aucune loi, ni règlement. Le port du foulard est tout à fait autorisé à l’université où les étudiants sont majeurs.

Des excuses oficielles

En clair, l’exclusion du cours était discriminatoire, ce que reconnaîtra plus tard la direction de l'université en présentant officiellement ses excuses à Assma, en janvier 2020.

Contacté par 20 Minutes, le premier vice-président de l’université, Nicolas Postel, confirme « l’erreur d’appréciation » du prof. « Une note de service interne a été envoyée pour rappeler la loi. Je pense que ce problème, que j’espère marginal, ne se reproduira plus », avoue-t-il.

Trop tard pour se réinscrire au cours de boxe, mais l’initiative d’Assma a brisé la loi du silence. « Cinq autres personnes, victimes de pareils agissements discriminatoires à l'université, ont été recensées par le syndicat Unef qui m’a aidée dans mes démarches », souligne-t-elle.

« Ça exclut des filles qui veulent faire des études »

Le CCIF estime que cette problématique est sous-estimée au sein des universités françaises. « Refuser à ces jeunes filles le droit de porter un voile est un acte islamophobe. Et 70 % des actes islamophobes recensés touchent des femmes. Ça stigmatise, ça blesse et ça exclut des filles qui veulent faire des études. Or, souvent, elles préfèrent se taire pour ne pas faire de vague », assure Jawad Bachare, directeur du CCIF.

Ce dernier se souvient d'ailleurs d’une autre polémique, née aussi à Lille:  « Des étudiantes devaient retirer leur foulard pour faire la photo de leur carte d’étudiant. Or, cette carte n’est pas un document officiel. Il n’y avait donc aucune raison ».

Depuis septembre 2019, le CCIF a traité, au niveau national, douze dossiers concernant le port du foulard ou du voile dans les universités et treize dans les Instituts de formation en soins infirmiers (IFSI). 

« La France perd en attractivité. »

« La France perd en attractivité avec ces restrictions qui n’ont rien de légal, confie un professeur lillois qui souhaite rester anonyme. Beaucoup d’étudiantes, notamment étrangères, préfèrent étudier dans d’autres pays à cause de cette fausse laïcité qu’on leur impose. »

Une affiche contre les discriminations à l'université de Lille.
Une affiche contre les discriminations à l'université de Lille. - D.R.

La direction de l’université a néanmoins pris des mesures pour « faciliter la remontée d’information auprès des 80.000 étudiants », explique Nicolas Postel. Un numéro de contact rapide a été mis en place pour signaler toute discrimination et des affiches « Respectez les femmes et leur choix » voient le jour depuis quelques semaines dans les couloirs.