Municipales 2020 à Lille : Pourquoi l’élection à la métropole de Lille est plus importante que celle des maires

POLITIQUE « 20 Minutes » se plonge dans les rouages de l’élection du président de la métropole de Lille

Gilles Durand

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Le nouveau bâtiment qui abrite la métropole européenne de Lille, à Lille.
Le nouveau bâtiment qui abrite la métropole européenne de Lille, à Lille. — G. Durand / 20 Minutes
  • La métropole de Lille (MEL) doit élire son président le 9 juillet, dans l’indifférence presque générale.
  • Le conseil communautaire de la MEL comprend 188 élus issus des 95 communes qui la composent.
  • Le président Damien Castelain (DvD) est candidat à sa succession malgré sa mise en examen en 2017 pour trafic d'influence passif.

Elle concentre les pouvoirs politiques d’un territoire, mais son fonctionnement reste une inconnue pour la plupart des habitants. Je suis ? Je suis ? La métropole européenne de Lille (MEL) qui doit élire, le 9 juillet, son président pour le prochain mandat. Et cette élection va dépendre, en partie, des résultats du second tour des municipales, dimanche.

20 Minutes vous explique les enjeux qui gravitent autour de cet établissement public de coopération intercommunal que certains élus n’hésitent pas à appeler « le trou noir démocratique »

Comment fonctionne la métropole de Lille ?

Un constat s’impose : l’élection du président de la MEL passionne moins le grand public que celle des maires. Et pourtant, la MEL concentre davantage de pouvoirs que les 95 communes qui la composent. Mobilité, logement, développement économique, gestion de l’eau et des déchets, plan local d’urbanisme… Tous ces dossiers sont gérés au niveau du conseil métropolitain composé de 188 élus.

Par ailleurs, « la somme de tous les budgets municipaux est égale à celui de la MEL, c’est-à-dire environ deux milliards », a calculé Rudy Elegeest, maire de Mons-en-Barœul et candidat à la présidence. Ce dernier regrette que « depuis un an, on ne parle que des programmes communaux et jamais de ceux de la MEL ».

Contrairement aux autres grandes villes métropolitaines comme Lyon, Bordeaux ou Nantes, Lille est trop petite pour asseoir son hégémonie sur l’agglomération. Alors, un subtil dosage démocratique a été mis en place pour trouver une gouvernance.

Quelle est la représentativité de chaque commune ?

Les candidats qui doivent siéger au conseil communautaire de la MEL sont inscrits sur les bulletins de chaque liste aux municipales. Sur le principe, le nombre de sièges est réparti au prorata du nombre d’habitants de la commune. Mais il existe quelques aménagements pour respecter (voir renforcer) la représentativité de chacune des 95 communes.

Ainsi, quand Warneton et ses 239 habitants ont droit à un élu au conseil communautaire, la ville de Lille, 1.000 fois plus peuplée, n’en dispose que de 33. Autre exemple de disparité : Roncq qui compte 13.000 âmes n’a également qu’un seul élu à la MEL. Wasquehal et Halluin, qui ont quasiment le même nombre d’habitants, ont pourtant une représentation différente dans l’hémicycle. Trois élus sont accordés aux 20.720 habitants de Wasquehal et seulement deux aux 20.708 résidents d’Halluin.

Comment le président de la Mel est-il élu ?

Les 76 communes de moins de 14.000 habitants (qui n’ont qu’un élu) représentent néanmoins 40 % des élus de l’assemblée communautaire, soit un peu plus que les quatre grandes villes (Lille, Roubaix, Tourcoing et Villeneuve d’Ascq). Ces dernières n’envoient que 69 élus alors qu’elles concentrent la moitié des habitants de la métropole.

Cette simple analyse arithmétique permet de comprendre pourquoi le clivage gauche/droite disparaît parfois au profit d’un front des petites communes contre les grandes. C’est d’ailleurs principalement avec l’appui de ces petites communes (mais aussi de la maire socialiste de Lille, Martine Aubry) que Damien Castelain (DvD), maire de Peronne-en-Mélantois, 900 habitants, a pu devenir président de la MEL en 2014.

Quel projet pour la MEL ?

Avant le second tour des municipales, qui concerne encore 17 communes, il reste 79 des 188 sièges à pourvoir. D’ores et déjà, deux candidats se sont déclarés pour la présidence : Damien Castelain et Rudy Elegeest (DvG).

Dans le camp du président Damien Castelain, on se montre serein malgré sa mise en examen pour « trafic d’influence passif » en 2017. « Nous avons déjà un groupe d’environ 65 élus », assure un proche à 20 Minutes, lequel promet une nouvelle forme de gouvernance. « Nous avons semé lors du dernier mandat. Nous allons récolter lors du prochain. Et cette fois, pas question de consensus. Il y aura un exécutif élu et une opposition », assure-t-il.

En face, Rudy Elegeest, à la tête d’un groupe de seulement cinq élus, espère réunir sur un programme. « La MEL manque de cap et de vision, dénonce-t-il à 20 Minutes. On n’a pas ressenti une grande stratégie et les investissements ont ralenti. » D’autres candidatures pourraient fleurir après l’élection de dimanche.