Du sursis pour avoir flirté avec la prostitution

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Consciencieusement, le président de la cour a détaillé le panel des prestations. « 50 euros pour un strip-tease ; 70 pour un massage californien, 120 pour une totale avec une fille, 150 pour deux filles... C'est bien ça ? »

Face à lui, les gérants de la Villa Romaine acquiescent d'un simple signe de tête. Ils ont été condamnés, hier, à 15 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d'amende pour proxénétisme aggravé.

Dans une petite rue du centre de Douai, leur bar pizzeria abritait une boîte échangiste. « Mais vous avez très vite glissé vers la prostitution », attaque l'avocate générale. Visage buriné, le gérant de la boîte baisse les yeux. Pendant deux ans, sa compagne blonde platine et trois autres femmes accueillaient six à huit clients par jour. Lui traînait dans les bistrots du quartier, prêt à intervenir au moindre souci.

S'ils en sont arrivés là, c'est parce qu'il y avait beaucoup de demande. Le gérant a même rédigé un mémoire de trente pages pour l'expliquer. « En France, les hommes ont besoin de toucher », écrit-il. Dans le prétoire, Marie-Hélène Carlier, son avocate, a aussi tenté d'expliquer la démarche. « Ce sont des gens ordinaires. Ce n'est pas comparable aux réseaux traditionnels. Les filles étaient totalement libres et consentantes... Elles pouvaient partir quand elles voulaient. En attendant, elles gagnaient entre 5 000 et 7 000 euros par mois».

Depuis, la Villa Romaine est devenue le Latino. A sa tête, le même gérant assure ne plus proposer que des strip-teases. « Je suis très inquiète, a conclu l'avocate générale. La dernière fois, c'est comme ça que tout a dégénéré. »

Vincent Vantighem