Lille : Un atelier pour s’initier au graff et au street-art

LOISIRS Deux graffeurs entrouvrent pour le grand public les portes du monde plutôt méconnu du graffiti

Mikaël Libert

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Une des élèves de Pierre et Erwan.
Une des élèves de Pierre et Erwan. — Yougrafff

Dans la peau d’un graffeur. On en voit partout, sur ponts, les immeubles, le long des voies de chemin de fer, dans les friches et même sur le sol :  les graffitis sont omniprésents en milieu urbain. Et pourtant il plane autour de leurs auteurs un mystère qui relève presque du fantasme. Ce sont les portes de cet univers fascinant que Pierre et Erwan souhaitent entrouvrir aux profanes lors d’ateliers d’initiation à Lille.

Ils ont la vingtaine tous les deux. Erwan, originaire du 93, est tombé dans le graff de manière assez naturelle, la discipline étant relativement répandue dans son département. Pierre, le Lillois, a été initié par son grand frère dès l’âge de onze ans. « Il m’a emmené graffer dans le skate parc près de notre maison de vacances. Le premier truc qui m’a accroché, c’était l’odeur de la bombe de peinture », se souvient-il. Et Pierre n’a pas lâché depuis. « J’allais acheter mes bombes dans les magasins de bricolage. Comme j’étais nul au début, je me suis entraîné sur des cartons », sourit-il.

Graffer en restant dans la légalité

Avec le temps, il a découvert le milieu et ses ficelles. Où acheter son matos sans se ruiner, où graffer sans terminer en garde à vue. Car Pierre l’assure, il tient à rester dans la légalité : « Je comprends les gars qui graffent leur blaze sur le haut des immeubles histoire de montrer qu’ils dominent le quartier. Pour certains, c’est une discipline qui doit se pratiquer dans le risque. Moi, je suis plutôt intéressé par la technique de la bombe de peinture et des œuvres qui peuvent en ressortir sur des murs légaux », jure le jeune homme.

Mais c’est tout de même (un peu) sur cette corde qu’il joue. « Quand on a eu l’idée de créer un atelier de graff, c’était aussi pour faire découvrir ce monde assez méconnu. On a souvent une vision stéréotypée du gars pas très sympa qui parle pas qui fait son tag sans respecter le mobilier urbain. Ça peut être un frein pour ceux qui veulent se lancer et faire du graffiti tranquillement », explique-t-il.

L’atelier de Pierre et Erwan, accessible sur airbnb, dure deux heures. Dans une première partie théorique assez rapide, les bases sont abordées : graff, street-art ou tag et de la technique. L’occasion aussi de donner quelques bons plans, comme les endroits où acheter des bombes pas cher ou la façon de dénicher des murs « légaux ». On passe ensuite à la pratique avec l’ébauche du projet de graff à coucher sur papier. « C’est une étape obligée pour ne pas se planter dans les proportions », assure Pierre. Après, on entre dans le dur.

Les élèves peuvent laisser libre cours à leur créativité sur de vrais murs, du côté de la Halle de la glisse, à Lille. Tout le matos est fourni et on peut s’y mettre à partir de dix ans. « Depuis un an que l’atelier existe, nous avons vraiment eu tous types de personnes. Des familles, des enfants, des couples et même des gens de plus de 60 ans », détaille Pierre.

Plus surprenant, la majorité venait des Etats-Unis, de Belgique ou de Grande-Bretagne. « Je me souviens d’un couple d’Américains. Le mari a dessiné son pick-up pendant que sa femme faisait son chien », s’amuse le graffeur. Un cliché d’outre-Atlantique qui, depuis, a certainement été recouvert par d’autres œuvres.