Ligue 2 : Règlement de comptes et guerre d’ego pour prendre le pouvoir à OK Valenciennes

FOOTBALL Actionnaire minoritaire du club nordiste, Patrick Partouche, PDG du groupe de casinos, peut prendre le pouvoir à partir du 11 juin, mais le président actuel ne l’entend pas de cette oreille

Propos recueillis par Francois Launay

— 

Patrick Partouche pourrait devenir actionnaire majoritaire du VAFC
Patrick Partouche pourrait devenir actionnaire majoritaire du VAFC — DENIS CHARLET / AFP
  • Eddy Zdziech, président du club depuis six ans, et Patrick Partouche, actionnaire minoritaire, règlent leurs comptes.
  • En jeu, la prise de pouvoir du club nordiste qui devrait revenir au PDG du groupe de casinos, selon un accord signé en 2017 mais désormais contesté par Eddy Zdziech.

Règlement de comptes au VAFC. Depuis plusieurs jours, Eddy Zdziech, actionnaire majoritaire et président du club depuis 2014, et Patrick Partouche, actionnaire minoritaire, se déchirent par communiqués ou journaux interposés. La raison de ces disputes de cour d’école ? Un pacte signé entre les deux hommes en 2017.

Pour résumer, Partouche, qui avait investi 1,125 million d’euros dans le compte courant du club il y a trois ans, peut, s’il le souhaite, convertir cet argent en capital à partir du 11 juin 2020. Un jeu d’écritures qui lui permettrait de devenir actionnaire majoritaire et donc nouveau patron du club du Hainaut. Sauf que les deux hommes n’ont pas du tout la même version de l’histoire.

Le pacte d’actionnaires signé en 2017

L’histoire, qui remonte au printemps 2017, est racontée par Patrick Partouche. « A l’époque, je venais de sortir du Losc et je n’avais pas prévu de racheter Valenciennes. Mais quand j’ai appris qu’Eddy Zdziech voulait revendre VA à des Chinois, j’ai voulu acheter le club. J’ai donc contacté le président en lui disant que j’étais intéressé par le rachat. Là, il m’a répondu qu’il ne voulait pas vendre. Du coup, je lui ai demandé comment je pouvais aider VA. Il m’a dit que si je voulais devenir actionnaire minoritaire, le club avait besoin d’une somme d’argent. D’où la signature de ce pacte d’actionnaires ».

Ce pacte, rédigé par l’avocat du VAFC et signé par tous les actionnaires, stipule deux choses : un apport de Patrick Partouche en capital (500.000 euros) et un autre apport en compte courant (1,125 million d’euros). « L’accord dit que d’une manière ou d’une autre, je dois récupérer ce compte courant en trois ans. Et si jamais le club ne monte pas en Ligue 1 en 2020 (ce qui est le cas), je veux avoir la possibilité de convertir mon compte courant dans le capital du VAFC Au 11 juin, je perds donc mon compte courant au profit d’une participation plus grande dans le capital », explique Patrick Partouche.

« Les conditions d’application du pacte ne sont plus réunies », assure Zdziech

Une conversion qui, selon le document signé, doit permettre au casinotier de devenir actionnaire majoritaire, et donc de prendre le pouvoir au VAFC à partir de ce jeudi. Sauf qu’Eddy Zdziech n’est pas du tout du même avis.

« Les conditions d’application du pacte ne sont plus réunies aujourd’hui. Une augmentation de capital de 2,5 millions d’euros a eu lieu la semaine dernière. 500.000 euros ont été mis par Patrick Partouche et 2 millions par les autres actionnaires. Vous pensez vraiment que les autres actionnaires de la holding auraient participé à ça en sachant qu’ils allaient perdre le contrôle du club quelques jours plus tard ? Ça n’aurait aucun sens. Patrick Partouche ne peut pas prendre le contrôle du club. C’est mathématique. On est très serein », assure le président du VAFC qui détient, avec d’autres actionnaires, plus de 70 % du club (contre 21 % pour Partouche).

Partouche se laisse jusqu’au 11 août

C’est donc du parole contre parole qui oppose les deux principaux actionnaires du club. Si Zdziech est persuadé de garder la main et de rester président du club quoi qu’il arrive, Partouche affirme qu’il a jusqu’au 11 août pour lever ou non l’option et prendre le pouvoir à VA. Même s’il n’a pas encore pris sa décision.

« Avant le flop, il n’y a pas de flop. J’ai jusqu’au 11 août pour me décider. On n’est pas pressé, on regarde les tenants et les aboutissants. Et si je n’active pas l’option, je reste minoritaire et le compte courant doit m’être remboursé. Mais vu qu’il ne m’a jamais payé les intérêts du compte courant, j’ai du mal à imaginer le voir me rembourser 1,125 million d’euros », tacle le président du groupe Partouche.

« S’il veut récupérer son compte courant, on lui rendra et les actionnaires combleront », répond Eddy Zdziech. Déterminés, les deux hommes sont prêts à aller jusqu’en justice pour régler leur litige. « Je ferai valoir mes droits jusqu’au bout », prévient Partouche, qui a d’ailleurs déjà attaqué le président de VA au tribunal pour récupérer ses intérêts de compte courant (37.500 euros). « C’est le seul actionnaire à avoir réclamé ses intérêts. Tous les autres ont été scandalisés par ça », regrette Eddy Zdziech.

Le schisme de septembre 2018

La guerre est donc plus que jamais déclarée entre les deux ex-partenaires. Après une première saison sans nuage, le conflit entre les deux hommes a éclaté en septembre 2018, comme le raconte Patrick Partouche.

« Lors d’une réunion avec des supporters, on demande à Eddy Zdziech pourquoi il ne veut pas me vendre le club. Il répond alors que je ne suis pas intéressé par le rachat de VA. Quand j’apprends ça, je tombe de ma chaise. Je n’ai pas l’habitude qu’on parle en mon nom, surtout quand on dit une contre-vérité. Le schisme profond vient de là ». De son côté, Zdziech n’a pas digéré les sifflets des supporters contre lui après cette histoire.

Depuis, les deux hommes s’invectivent par tweets, sorties dans la presse ou communiqués. Le dernier, publié lundi sur le site du VAFC, n’a pas été digéré par Partouche.

« Ça n’a pas pris longtemps pour que je me rende compte que j’étais juste un chéquier »

« Quand je lis que je ne vais jamais aux assemblées d’actionnaires ou assister à un match, je réponds que je vais rarement dans les endroits où je ne suis pas le bienvenu. Je n’y vais pas parce que je ne suis pas bien reçu et parce que ça n’a pas pris longtemps pour que je me rende compte que j’étais juste un chéquier, qu’il fallait surtout que je ferme ma gueule et que ce qui avait été signé ne serait jamais respecté. Et quand on m’attaque, je réponds », tacle l’actionnaire minoritaire, qui estime avoir fait le boulot à VA.

« En juin 2017, je suis allé à la DNCG avec le président car, grâce à mon apport, il pouvait passer l’examen de contrôle. D’ailleurs, je pense que j’ai plus fait pour le VAFC en une après-midi à la DNCG que tous les autres actionnaires réunis depuis trois ans. Qu’on arrête de raconter des histoires », poursuit Partouche.

Irréconciliables, les deux hommes n’en finissent plus de s’écharper pour prendre le contrôle du club. Une guéguerre qui pourrait durer plusieurs semaines et ne pas faire les affaires de la principale victime de ce conflit : le VAFC.