Coronavirus à Lille : « Beaucoup de salariés sont rincés » dans le domaine médico-social et social

TRAVAIL Les structures médico-sociales et sociales dénoncent le manque de reconnaissance de leur implication durant la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19

Gilles Durand

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Illustration de l'aide à domicile.
Illustration de l'aide à domicile. — Gile Michel / SIPA
  • Les structures médico-sociales et sociales ont alerté le Premier ministre, estimant que leur personnel méritait aussi une prime Covid pour leur implication professionnelle.
  • Les conditions de travail ont été très compliquées à gérer durant le confinement.
  • « Les rapports entre le politique, l’administration et les associations doivent être fluidifiés », estiment les professionnels.

Oubliées ? Après les annonces concernant les primes aux soignants, les structures médico-sociales et sociales ont alerté le Premier ministre, Edouard Philippe, par courrier, le 15 mai, estimant que leur personnel méritait aussi une prime Covid pour leur implication professionnelle. Retour sur les conditions de travail dans ces établissements durant la crise sanitaire liée à l’épidémie de coronavirus.

« Le traumatisme est très fort »

« Beaucoup de salariés sont rincés sur le plan psychique et physique. Imaginez quand vous avez travaillé dans un Ehpad où il y a eu beaucoup de décès ! Le traumatisme est très fort », assure Annette Glowacki, présidente de l’Uriopss, l’union régionale qui regroupe les organisations privées sanitaires et sociales.

Dans les Hauts-de-France​, cela concerne plus de 1.600 établissements, qui vont des structures d’accueil pour personnes handicapées aux maisons de protection de l’enfance.

Revalorisation des salaires

« La question de l’attractivité de ces métiers va se poser, renchérit Ahmed Hegazi, directeur de l’Uriopss Hauts-de-France. Dans le secteur de l’aide à domicile, par exemple, certains salariés touchent moins que le smic. A priori, une prime leur sera versée par le conseil départemental du Nord. Mais après cet épisode, la question de la revalorisation des salaires se pose encore plus. »

Car depuis la mi-mars, toutes les structures ont été touchées par cette crise difficile à gérer. « Beaucoup de zones d’incertitude sont apparues, rappelle Annette Glowacki. Les messages étaient très contradictoires et les consignes nationales changeaient régulièrement concernant notamment le port du masque et les tests de dépistage. »

Cette cacophonie s’est parfois traduite par des convocations devant le tribunal. « Deux associations ont été mises en cause par l’inspection du travail à cause de l’incapacité de fournir des équipements de protection, comme les masques, à leur personnel », dénonce Ahmed Hegazi.

« Situations intenables vis-à-vis des familles »

« Les rapports entre le politique, l’administration et les associations doivent être fluidifiés », plaide, pour sa part, Annette Glowacki. Exemple concret : l’annonce d’autoriser les visites dans les Ehpad, du jour au lendemain. « Les établissements n’étaient pas préparés pour accueillir les familles dans des conditions sanitaires nécessaires. Les directeurs ont été mis dans des situations intenables vis-à-vis des familles », regrette Annette Glowacki.

Dans une enquête menée par l'association Les Petits frères des pauvres, un salarié en Ehpad se plaint aussi de ne pas « avoir eu le temps de prévenir les personnes qu’il accompagnait de la suspension des visites » au début du confinement.

Mobilisation solidaire du personnel

Le point positif retenu par l’Uriopss, c’est la mobilisation solidaire du personnel et la nouvelle forme de coopération qui s’est mise en place entre les structures. « Dans l’Oise, le redéploiement des salariés d’une structure à l’autre s’est fait via une plateforme rapidement opérationnelle », note Ahmed Hegazi.

A la limite, parfois, des consignes sanitaires. Et de raconter comment certaines structures d’accueil de jour ont été rouvertes la journée pour « protéger certains enfants ». « Cette crise a révélé encore plus les violences intrafamiliales », s’inquiète la présidente de l’Uriopss qui milite pour que « la question de l’isolement, mise en évidence, devienne un vrai sujet de société ».