Nord : « Quand j’ai ouvert mon premier dictionnaire, j’avais l’impression d’avoir le monde entre les mains », raconte un néoromancier

PARCOURS Le destin a permis à un Nordiste de 49 ans de voir un de ses romans publié par une célèbre maison d’édition

Gilles Durand

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Francisco da Conceiçao, lors d'une séance de dédicaces.
Francisco da Conceiçao, lors d'une séance de dédicaces. — FD
  • Un roman, jusqu’alors autoédité par un écrivain nordiste, doit être publié en janvier 2021 par une célèbre maison d’édition.
  • Un nouveau départ littéraire pour cet ancien employé de Pôle Emploi.
  • Pour son premier roman, il avait contacté, en vain, une quarantaine d’éditeurs.

Parfois, il faut croire en sa destinée. A 49 ans, Francisco da Conceiçao va connaître la consécration : un des deux romans qu’il a autoédités sera publié en janvier 2021 par les éditions J’ai Lu. Un nouveau départ pour ce Nordiste, fan de salsa, qui habite un petit village près de Douai et que le « côté artiste titillait depuis toujours ».

Il a pourtant fallu un sacré concours de circonstances pour que la célèbre maison d’édition s’intéresse à ce fils d’émigrés portugais, passionné par la langue française. « Mes parents écoutaient beaucoup de chansons françaises, Joe Dassin, Jean Ferrat… Ce sont mes premiers contacts avec les textes », raconte-t-il à 20 Minutes.

« L’impression d’avoir le monde entre les mains »

Sa « première histoire d’amour avec les mots » s’écrit alors qu’il a 10 ans. « Le maire de Wattrelos, où nous habitions, offrait un dictionnaire aux enfants de sa commune qui entraient au collège, se souvient le nouvel écrivain. Ça m’a marqué. Je me suis assis sur le siège arrière de la R18 break familiale et, quand j’ai ouvert ce dictionnaire, j’avais l’impression d’avoir le monde entre les mains. »

Les mots ne quitteront plus sa vie, même si, au début, ils s’installent dans la marge. A 35 ans, il sort un album de chansons françaises qui ne défraient pas la chronique. Qu’importe. Quelques années plus tard, il quitte son poste chez Pôle emploi pour créer une entreprise de pizzerias ambulantes avec un associé.

« J’espérais que le réseau allait vite s’installer pour consacrer mon nouveau temps libre à l’écriture », explique-t-il. Mais le partenaire ne l’entend pas de cette oreille et la collaboration cesse assez vite. « En 2014, je me suis dit que c’était le moment de me lancer dans l’écriture. »

« J’ai contacté une quarantaine de maisons d’édition sans succès »

Le premier roman s’appelle La blessure de l’ange : le parcours d’un jeune Brésilien qui tombe amoureux d’une fille très courtisée au lycée. « Même Flammarion, à qui appartiennent les éditions J’ai Lu, avait refusé le manuscrit. »

Francisco décide de s’autoéditer en 2016. « J’ai vendu un millier d’exemplaires, notamment sur des salons. Le retour des lecteurs m’a encouragé à continuer. » Entre-temps, il se lance dans des ateliers d’éveil musical et de comptines pour enfants afin de gagner sa vie.

En juillet 2018 sort son deuxième roman, Comme un parfum d’éternité, qui va révolutionner sa vie. L’histoire d’une auteure de 35 ans qui écrit des biographies sur demande. Sa rencontre avec une vieille dame de 85 ans dans une maison de retraite va bouleverser ses certitudes.

Rencontre avec une commerciale

« Dès les premiers retours de lecteurs, j’ai senti que quelque chose se passait. J’ai dû faire une deuxième édition de ce livre ». Le déclic survient lors d’une rencontre avec une commerciale de J’ai Lu, en octobre 2019. « La librairie La p’tite récré de Somain, qui me soutient depuis le début, m’a mis en contact avec elle car je ne connaissais pas ce métier et j’avais envie d’en savoir plus ».

Bingo. Le roman du Nordiste tape dans l’œil de la professionnelle qui obtient un rendez-vous avec une éditrice. Celle-ci rachète les droits de Comme un parfum d’éternité qui ressortira donc au début de l’année prochaine en grand format. En attendant, Francisco da Conceiçao a profité du confinement pour « avancer sur le troisième roman ». Il sera prêt lui aussi pour 2021.