Déconfinement à Lille : L’éducation prioritaire est-elle en train de rater son retour à l’école ?

ENSEIGNEMENT Une semaine après une rentrée scolaire particulière, une majorité de familles hésite encore à envoyer son enfant en classe

Gilles Durand

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Lille, le 14 mai 2020. Une partie des élèves des classes élémentaires de Lille a repris le chemin de l'école. Ici, à l'école Lalo Clément
Lille, le 14 mai 2020. Une partie des élèves des classes élémentaires de Lille a repris le chemin de l'école. Ici, à l'école Lalo Clément — M.Libert / 20 Minutes
  • A Lille, le retour à la maternelle des grandes sections est programmé le 2 juin.
  • Une semaine après la rentrée des classes, plusieurs professeurs constatent l’absence d’éléves, notamment dans les quartiers difficiles.
  • Ce manque d’entrain pour renvoyer ses enfants à l’école a plusieurs explications.

Un retour à l’école très (trop ?) clairsemé. A Lille, après les élèves en élémentaire, c’est au tour des grandes sections de maternelle de retrouver le chemin de l’école après la période de confinement lié à l’épidémie de Covid-19.

Le retour est programmé le 2 juin avec un maximum de dix élèves par classe pour éviter la propagation du coronavirus. Cette nouvelle rentrée en ordre dispersée aura-t-elle davantage de succès auprès des parents que la première, la semaine dernière ?

Constat alarmant

Une chose est sûre : le dispositif reste le même avec l’accueil, en priorité, des enfants de parents à profession prioritaire ou qui travaillent tous les deux. Les élèves victimes de décrochage pendant le confinement sont également prioritaires.

Or, une semaine après la première (petite) vague de retour à l’école, le constat est plutôt alarmant, notamment dans les quartiers populaires, comme le signale le site d’informations Médiacités qui a interrogé plusieurs professeurs de la métropole lilloise.

A titre d’exemple, une école maternelle de Mons‐en‐Barœul n’a revu que 4 des 146 élèves habituellement inscrits alors qu’elle était en capacité d’en accueillir 60. Dans une école de Tourcoing, où les maternelles ont également rouvert leurs portes, seuls 21 enfants étaient présents le jour de la rentrée pour une soixantaine de places disponibles.

« Des parents ont désinscrit leur enfant à la dernière minute »

Dans une école REP + (réseau prioritaire), une professeur raconte à 20 Minutes que l’école a dû supprimer un groupe d’élèves à cause de l’absentéisme : « Des parents ont désinscrit leur enfant à la dernière minute parce que dans leur tête, c’est compliqué. Ils ont peur de ce qu’ils entendent à la télévision ».

« Les enfants ne retrouvent pas leurs copains, ni leur professeur attitré, alors ils ne reviennent pas », souligne un enseignant. Cette école buissonnière, validée par le dispositif de volontariat de l’Education nationale, pose un problème plus profond. « Ce sont les enfants qui en ont le plus besoin qui restent chez eux, raconte une prof. Dans ma classe, seul un des cinq enfants en grande difficulté scolaire est revenu. »

Dans les quartiers populaires, ce manque d’entrain pour renvoyer ses enfants à l’école a plusieurs explications. Le taux de chômage dépassant souvent les 30 %, il est rare que les deux parents travaillent donc garder son enfant ne pose pas de problème.

« Plus méfiants vis-à-vis de l’institution scolaire »

Interrogés par AEF Info, un groupe de presse spécialisé dans l’enseignement, un responsable académique évoque aussi le ramadan qui peut fatiguer certains enfants. Le chercheur au Centre de recherche en éducation de Nantes, Pierre-Yves Bernard, explique que les milieux populaires sont « plus angoissés par rapport au risque sanitaire, et plus méfiants vis-à-vis de l’institution scolaire ».

Le message d’un retour à l’école a donc bien du mal à passer. « C’est dommage parce que les encadrants n’ont jamais aussi nombreux par rapport au nombre d’enfants, témoigne une institutrice de Lille. Même pendant la récréation, des animateurs proposent des jeux à distance pour les enfants et ça marche plutôt bien. »

Contactés, ni le directeur académique, ni le rectorat n’ont donné suite à nos demandes de chiffres.