Déconfinement dans les Hauts-de-France : Les retards de livraison s’accumulent pour les masques promis par les collectivités

DEBROUILLE Les maires des Hauts-de-France connaissent beaucoup de retards de livraison concernant leurs commandes de masques pour les habitants

G.D. avec AFP

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Illustration de distribution de masques de protection en tissu. Ici à Gagny.
Illustration de distribution de masques de protection en tissu. Ici à Gagny. — LIONEL GUERICOLAS/MPP/SIPA
  • Souhaitant offrir un masque réutilisable à chaque habitant à l’heure du déconfinement, les 3.800 maires des Hauts-de-France se démènent face aux retards de livraison.
  • La région avait également promis d’équiper tous les habitants.

 

« L’union et la débrouille », face à la « grande galère des masques ». Souhaitant offrir une protection réutilisable à chaque habitant à l’heure du déconfinement, les 3.800 maires des Hauts-de-France se démènent. Ils étaient appuyés par une initiative inédite de la région, mais se retrouvent confrontés à des retards de livraison. « Se procurer des masques est toujours une galère ! », lance Anne-Lise Dufour-Tonini, présidente de l’association des maires du Nord, entre deux réunions et un « live Facebook ».

Emmanuel Macron l’avait promis mi-avril : dès le déconfinement, en « lien avec les maires, l’Etat devra permettre à chaque Français de se procurer un masque grand public », en tissu lavable. « Mais quel modèle, quel fournisseur, quel budget ? Les maires ont dû se débrouiller ! », déplore l’élue (PS) de Denain.

Anticipant les pénuries, « les collectivités n’avaient pas attendu ces annonces. Depuis des semaines, villes et intercommunalités lancent chacune leur initiative. Et aujourd’hui, c’est le grand désordre ! », commente son homologue du Pas-de-Calais, André Flajolet, maire de Saint-Venant.

Une commande lilloise à 1,4 million d’euros

Dimanche, 90 % des 200.000 habitants de la communauté urbaine de Dunkerque avaient par exemple reçu un exemplaire. Pour tout réceptionner « à temps », la CUD « a multiplié les fournisseurs », s’adressant à des entreprises du secteur textile ou médical, et produisant avec des bénévoles.

A Roubaix, « la totalité des 120.000 masques » ont été produits localement dans l’atelier du Réseau Résilience pour près de 350.000 euros, puis distribués à domicile. La maire de Lille Martine Aubry a, quant à elle, commandé 500.000 masques à plusieurs fournisseurs, principalement les sociétés françaises Ruko et Opull’ence, pour 1,4 million d’euros. Ils arrivent cette semaine dans les boîtes aux lettres grâce à un partenariat avec La Poste.

Mais à Croix, Villeneuve-d’Ascq, Ronchin ou ailleurs, les délais de livraison se sont allongés, « étirés » par la concurrence, les difficultés d’acheminement et d’homologation, analyse André Flajolet.

Les foyers d’infection en priorité

Malgré des commandes « passées tôt », Amiens-métropole n’avait reçu mercredi que 15 % des 190.000 masques achetés à plusieurs entreprises régionales. Certains maires attendront eux leurs cartons jusqu’à juin.

Devant l’urgence, le conseil régional a débuté lundi sa propre distribution, visant à doter ses six millions d’administrés. « Dans les dix jours qui viennent, nous fournirons quatre millions de personnes non encore livrées par leurs communes », en priorité « les premiers clusters et départements où le virus circule le plus », soit l’Oise et l’Aisne, explique son président, Xavier Bertrand.

« Quatre-vingts points relais » – sièges d’intercommunalités, maisons de département, chefs-lieux de canton ou groupement de gendarmerie – permettront aux maires de récupérer leurs lots, détaille-t-il, saluant « l’union » des maires, agglomérations et départements.

Une centrale d’achats mise en place

« Lavables vingt fois et certifiés », les masques ont tous été cousus par le Réseau Résilience – rassemblant PME du textile, entreprises d’insertion… – pour environ 8 millions d’euros. « C’est une filière qui se met en place » et « a vocation à devenir permanente », s’enthousiasme Xavier Bertrand, persuadé que les masques deviendront demain « un incontournable » des foyers français.

La région met aussi en place une centrale d’achats, pour que les mairies puissent à terme « proposer aux habitants des masques à prix coûtant » et « tiré vers le bas ». « Reste à définir la participation exacte » de l’Etat, qui a promis de cofinancer les masques, ajoute Anne Dufour-Tonini, refusant « que les maires soient une table de décharge ».