Coronavirus à Lille : « De grâce, épargnez-nous une nouvelle crise », implore une virologue

DECONFINEMENT Le centre hospitalier de Lille craint les comportements irresponsables observés depuis le déconfinement

Mikaël Libert

— 

Ambiance déconfinée dans les rues du centre-ville de Lille.
Ambiance déconfinée dans les rues du centre-ville de Lille. — M.Libert / 20 Minutes

Ce mercredi matin, le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Lille a tenu sa première conférence de presse post-confinement. A peine deux jours après que les Français ont enfin pu retrouver un semblant de vie normale, les médecins de l’hôpital lillois se montrent circonspects sur les suites de cette crise sanitaire. On est très loin des lendemains qui chantent.

Ambiance déconfinée dans les rues du centre-ville de Lille.
Ambiance déconfinée dans les rues du centre-ville de Lille. - M.Libert / 20 Minutes

Si le dispositif Covid-19 a été allégé au CHU de Lille, il n’a pas disparu pour autant. Ce sont près de 180 lits qui sont toujours réservés, en réanimation ou en hospitalisation, aux patients contaminés, ou susceptibles de l’être, par le virus. « Malgré le déconfinement, nous accueillons encore entre 120 et 130 patients chaque jour », assure Frédéric Boiron, le patron du CHU. Dans la partie Covid du service de réanimation, une trentaine de personnes luttent en ce moment pour survivre au virus. « Trois lits Covid sur cinq sont encore occupés, le service est loin d’être vide », prévient Julien Poissy, chef de la réa.

« Une fenêtre de tir de quatre à six semaines »

A l’hôpital, on profite de l’accalmie pour laisser souffler les équipes. « Nous avons une fenêtre de tir de quatre à six semaines pendant laquelle l’épidémie va nous laisser respirer. Au terme de ce délai, une reprise épidémique est à craindre », souligne le Pr François-René Pruvot, président de la commission médicale d’établissement du CHU, pointant du doigt le « comportement sociétal » observé depuis le déconfinement.

« Depuis ce week-end, ce n’est pas à un déconfinement progressif que nous assistons, mais à un déconfinement total », regrette le Dr Julien Poissy. Selon lui, il n’est pas raisonnable de se relâcher maintenant après les efforts consentis pendant plus de cinquante jours. « Il faut de la sagesse. Se réorganiser pour absorber une seconde vague ne me paraît pas faisable », insiste-t-il. « De grâce, épargnez-nous une nouvelle crise », renchérit la virologue Laurence Bocquet, soulignant l’état de fatigue des personnels soignants.

« On ne sait pas ce qu’il va se passer »

Alors que le professeur marseillais Didier Raoult estimait, mardi, que « l’épidémie est en train de se terminer », au CHU, on n’affiche pas le même optimisme. « On souhaite que ce soit vrai mais ce qu’il faut savoir reconnaître, c’est que l’on ne sait pas ce qu’il va se passer », affirme le chef du service réanimation. Une des hypothèses fournie par les modèles mathématiques utilisés par le CHU donne à réfléchir : « Si le nombre de personnes contaminées par chaque porteur du virus redevient égal à ce qu’il était avant le confinement, en deux ou trois semaines, on sera de nouveau saturés », alerte le réanimateur.

Ambiance déconfinée dans les rues du centre-ville de Lille.
Ambiance déconfinée dans les rues du centre-ville de Lille. - M.Libert / 20 Minutes

Alors, pour éviter le pire, il n’y a pas de secret. « La clé, c’est le comportement de chacun dans sa vie de tous les jours », selon le directeur du CHU. Eviter les files d’attente devant les magasins ou de s’agglutiner sur les marches de l’opéra, avec ou sans masque. « Il faut garder du bon sens, le port du masque ne se substitue pas aux gestes barrières », martèle le Dr Julien Poissy.