Coronavirus : « Il est quasiment sûr que nous allons trouver des molécules efficaces contre le Covid-19 », estime un chercheur lillois

INTERVIEW A l’Institut Pasteur de Lille, le chercheur en virologie, Jean Dubuisson, a bon espoir de trouver assez vite plusieurs traitements efficaces contre le Covid-19

Propos recueillis par Gilles Durand

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Jean Dubuisson, responsable de l’équipe « Virologie moléculaire et cellulaire », au Centre d’Infection et d’Immunité de l’Institut Pasteur de Lille
Jean Dubuisson, responsable de l’équipe « Virologie moléculaire et cellulaire », au Centre d’Infection et d’Immunité de l’Institut Pasteur de Lille — G. Durand / 20 Minutes
  • Au sein de l’Institut Pasteur de Lille, Jean Dubuisson pilote une étude visant à identifier des molécules efficaces contre le coronavirus.
  • La recherche se concentre sur des composés antiviraux ayant une autorisation de mise sur le marché pour le traitement d’autres pathologies.
  • Le chercheur assure avoir identifié une dizaine de molécules qui donnaient de bons résultats.

Anti-CoV fait partie des cinq projets de développement et de tests des molécules antivirales pour lutter contre le Covid-19. Au sein de l’Institut Pasteur de Lille, le docteur Jean Dubuisson, responsable de l’équipe « Virologie moléculaire et cellulaire », pilote une étude visant à identifier des molécules efficaces contre le coronavirus Sars-CoV-2. Il explique les avancées à 20 Minutes.

En quoi consiste cette étude ?

Nous travaillons avec des composés antiviraux, des molécules, ayant eu ou ayant une autorisation de mise sur le marché pour le traitement de pathologies autres que les infections virales respiratoires. Grâce à un système robotisé, nous criblons des chimiothèques de ces molécules pour tenter d’identifier leur efficacité sur le Sars-CoV-2.

Concrètement, comment se passent ces tests in vitro ?

Ils se font sur des cellules respiratoires prélevés sur l’homme pour représenter le plus possible l’appareil respiratoire humain. Nous les mettons en contact avec le coronavirus et une molécule antivirale. La préparation est assez longue car il y a beaucoup de paramètres à respecter pour que ces tests soient reproductibles.

Quel est l’intérêt particulier ?

Ces molécules ayant été mises sur le marché, ça nous évite de recommencer toutes les phases de tests nécessaires à un nouveau médicament. Pour l’instant, nous avons criblé la chimiothèque d’Apteeus [une entreprise de recherche et développement pharmaceutique] avec qui nous collaborons. Il nous reste encore à tester environ 1.500 molécules d’autres chimiothèques commerciales. En tout, ce seront 2.800 molécules qui auront été criblées.

Avec quels résultats, pour l’instant ?

Tous ces tests seront finis d’ici à la fin mai. Il est quasiment sûr que nous allons trouver des molécules efficaces contre le Covid-19. Pour l’instant, nous en avons identifié une dizaine qui donnait de bons résultats. Mais pour valider ces recherches, il faut passer par des tests sur des animaux, car nous ne sommes pas à l’abri d’un effet secondaire.

D’autres recherches sont-elles menées ?

Nous avions un projet de recherche sur un vaccin, mais il n’a pas bénéficié des financements nécessaires. Néanmoins, nos laboratoires travaillent aussi sur l’identification de nouvelles molécules et sur le suivi des patients. Nous cherchons notamment comment la réponse immunitaire se met en place. Nous savons que certains animaux sont protégés de la réinfection. Le sérum sanguin de personnes guéries peut constituer une protection potentielle grâce aux anticorps produits. Ce que nous ne savons pas, c’est la durée de cette protection. Les coronavirus bénins provoquent une durée d’immunité courte. On part de cette même hypothèse avec le Sars-CoV-2, mais ça n’a pas encore été vérifié.

Depuis combien de temps travaillez-vous sur les coronavirus ?

Nous avions commencé les recherches en 2012 après l’épidémie de Mers. Donc nous bénéficions d’une petite expérience mais, avant cette crise, il faut avouer que ces recherches n’étaient pas considérées comme prioritaires.

Quelles pistes reste-t-il à explorer ?

La particularité de ces virus est qu’ils se transmettent facilement, donc beaucoup peuvent être contaminés. Ce que nous cherchons à comprendre, c’est pourquoi on réagit si différemment à cette maladie. Elle peut se développer en deux phases. La première phase n’est pas très grave. Puis au bout d’une semaine, la situation se dégrade très vite avec un mécanisme inflammatoire qui devient incontrôlable.

Ce qu’on appelle l'« orage cytokinique » ?

Les cellules du système immunitaire produisent des substances pour défendre le corps. Mais au lieu de le protéger contre l’infection, ces substances se retournent contre lui. Pourquoi certains patients, et pas d’autres, mettent en place cette réaction inflammatoire beaucoup trop forte ? Les recherches sur le fonctionnement de l’immunité sont très importantes.