Coronavirus dans le Nord : Un médecin décide de pratiquer lui-même des dépistages devant « l’inconséquence des pouvoirs publics »

SANTE Dans le Nord, un médecin propose désormais un dépistage du Covid-19 à ses patients pour détecter les porteurs sains qui risquent de propager le virus

Gilles Durand
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illustration d'un test de dépistage Covid-19.
illustration d'un test de dépistage Covid-19. — Sebastien Salom-Gomis/SIPA
  • Un médecin de Tourcoing, dans le Nord, a décidé de proposer un dépistage virologique du Covid-19 aux personnes consultant dans son cabinet.
  • Il souhaite détecter les porteurs sains qui risquent de propager le virus, à leur insu, à l’heure du déconfinement.
  • Le médecin dénonce la politique du gouvernement jugée « inconséquente ».

Des tests pour tous ses patients. Un médecin de Tourcoing, dans le Nord, a décidé de proposer systématiquement un dépistage virologique du Covid-19 aux personnes consultant dans son cabinet. Une initiative qui, selon lui, devrait se multiplier pour détecter les porteurs sains qui risquent de propager le virus, à leur insu, à l’heure du déconfinement.

« En France, la politique de tests ne va pas du tout, dénonce Bertrand Legrand, médecin dans le quartier populaire tourquennois de la Bourgogne. Si on veut être efficace, il ne faut pas réserver le dépistage aux personnes qui ont des symptômes du Covid-19, mais, au contraire, le déployer le plus possible pour détecter les personnes asymptomatiques et porteuses du virus. »

Environ 50 personnes testées

Dans son cabinet, le docteur tourquennois a déjà testé environ 50 personnes, avec l’aide d’un laboratoire qui lui fournit les tests. Une fois le prélèvement effectué sur le patient, les échantillons sont amenés au laboratoire qui donne les résultats, le lendemain. « J’ai reçu, par exemple, une patiente dont le mari est en réanimation Covid depuis 6 jours. Je suis le premier qui lui propose un dépistage », raconte-t-il.

Jusqu’à présent, un seul patient a été détecté positif. « Je lui ai demandé de s’isoler et à ses contacts de venir se faire tester, souligne Bertrand Legrand. Il faut s’attendre à avoir très peu de cas positifs, peut-être, mais, à chaque fois, c’est une personne de moins qui va propager le virus. »

Car le médecin est vent debout contre la politique gouvernementale sur le sujet. « Des études tablent sur 50 % de personnes asymptomatiques en France et on ferme les yeux là-dessus. Les pouvoirs publics font preuve d’inconséquence, s’insurge-t-il. En ne testant que les personnes diagnostiquées Covid, comme le propose le ministre de la Santé, on risque de produire des faux négatifs car le test est peu fiable et, ainsi, laisser fuiter des positifs dans la population. »

« Les agences régionales de Santé ont montré leur inefficacité »

L’idée serait plutôt, selon lui, de « multiplier les tests aléatoires et massifs, comme le font Taïwan, la Corée du sud ou l’Islande qui maîtrisent mieux l’épidémie que nous ». « En comptant les médecins et les infirmières libérales, environ 100.000 professionnels peuvent faire ces tests beaucoup plus rapidement et simplement qu’aujourd’hui. »

A Bondues, près de Lille, un autre médecin s’est également lancé dans cette inititiative de dépistage sur laquelle le conseil national de l’ordre des médecins. Contacté par 20 Minutes, il n’a pas souhaité exprimer d’opinion.

Ce qui n’est pas le cas de l’ancien président du conseil de l'ordre du Pas-de-Calais, Marc Biencourt, aujourd’hui à la retraite. « C’est une idée intéressante si on a suffisamment de tests. Et ce devrait être le cas, indique-t-il. Les agences régionales de Santé ont montré leur totale inefficacité dans la gestion de cette crise. Il faut faire confiance aux médecins généralistes. »