Coronavirus : « Il n’y a pas de vaccin et il n’y en aura pas pendant longtemps », annonce un épidémiologiste

CORONAVIRUS Le professeur Didier Camus, épidémiologiste à l’Institut Pasteur de Lille, fait le point sur l’avance de la recherche contre le coronavirus

Mikaël Libert
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L'Institut Pasteur de Lille (illustration).
L'Institut Pasteur de Lille (illustration). — M.Libert / Archives 20 Minutes
  • Le Pr Didier Camus fait le point sur les recherches autour du coronavirus.
  • Selon lui, on est encore très loin d’obtenir un vaccin efficace.
  • Il existe des traitements symptomatiques, mais aucun qui permet de tuer le virus.

Les chercheurs finiront par trouver. L’institut Pasteur de Lille est particulièrement impliqué dans la recherche pour lutter contre le  Sras-Cov2, le coronavirus responsable de la pandémie actuelle. Le professeur Daniel Camus, épidémiologiste, fait le point sur l’avancée de ces recherches, notamment réalisées par la task force mis en place à Pasteur Lille.

Cette task force, qui réunit des chercheurs de plusieurs laboratoires spécialisés de l’Institut Pasteur de Lille, travaille sur plusieurs fronts contre le coronavirus actuel. Le premier, bien entendu, c’est la recherche de ce que les scientifiques appellent des cibles vaccinales. « Quand on doit combattre un agent infectieux, il faut dresser devant lui une muraille dont la pierre la plus importante est souvent le vaccin », explique-t-il. Mais à ce propos, le scientifique reste prudent : « A ce jour, il n’existe pas de vaccin et il n’y en aura pas avant longtemps. C’est long car il faut comprendre que l’on travaille sur du matériel vivant. Et l’on ne manipule pas des agents infectieux comme on manipule des molécules chimiques », assure-t-il.

Contracter le Covid-19 n’assure pas l’immunité

Autre mauvaise nouvelle, c’est la quasi-absence d’immunité face au Sras-Cov2. « Pour l’ensemble de la France, au 11 mai, on sera à une immunité de population de l’ordre de 6 %. Pour que cette immunité soit efficace, il faudrait que 70 % de la population ait contracté la maladie », selon l’épidémiologiste. Autre bémol, c’est le fait qu’avoir été atteint par le coronavirus ne vous assure pas de développer les anticorps induisant l’immunité. « Dans le cas du coronavirus, il y a bien sûr des anticorps neutralisants, qui tuent le virus. On s’est aussi aperçu qu’il existait des anticorps facilitants, qui favorisent la pénétration du virus dans les cellules », insiste Didier Camus.

Pour autant, le Pr Camus explique qu’il existe d’autres pierres constituant son fameux mur contre le coronavirus. « Outre le vaccin, les traitements sont aussi des moyens importants de lutte contre un virus ou une bactérie », précise-t-il. Et des traitements, il y en a de deux sortes. Le « symptomatique », comme utiliser le paracétamol pour atténuer la douleur. Le « spécifique », qui va tuer l’agent infectieux. C’est sur ce dernier point que la task force est particulièrement mobilisée.

« On parle beaucoup du tocilizumab qui permet d’éviter les formes graves de la maladie. C’est un traitement symptomatique, qui ne détruit pas le virus. Pour le moment, il n’existe pas de traitement spécifique. Même l’hydroxychloroquine mise en avant par le Pr Raoult n’a pas fait la démonstration de son efficacité dans les premières étapes de la maladie », constate l’épidémiologiste. Néanmoins, au vu des forces mobilisées, Didier Camus est optimiste quant à la découverte d’un traitement spécifique « avant la mise au point d’un vaccin ».