Coronavirus dans le Nord : L’agriculture est-elle responsable des épisodes de pollution à répétition lors du confinement ?

ENVIRONNEMENT Après un nouvel épisode de pollution de l’air qui a touché la région, les écologistes demandent au préfet de limiter les épandages agricoles

Gilles Durand

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Illustration d'épandage dans les champs.
Illustration d'épandage dans les champs. — Guttner / SIPA
  • Malgré le confinement, les épisodes de pollution atmosphérique persistent.
  • Les écologistes (EELV) ont demandé au préfet de région de prendre des « mesures exceptionnelles de restriction d’épandage » auprès des agriculteurs.
  • Les activités agricoles participent effectivement à la pollution atmosphérique, mais difficile de savoir à quel degré.

Malgré le confinement, les épisodes de pollution atmosphérique persistent. A tel point qu’à Lille, les écologistes (EELV) ont demandé au préfet de région de prendre des « mesures exceptionnelles de restriction d’épandage » auprès des agriculteurs qu’ils rendent en partie responsables de l’actuelle mauvaise qualité de l’air. Qu’en est-il réellement ?

Une pollution importante ?

Depuis le début de la crise sanitaire liée au coronavirus, les Hauts-de-France – qui avaient été épargnés jusqu’alors cette année – ont connu 8 jours de pollution. Si on compare aux quatre premiers mois de 2019, c’est quatre fois moins (31 jours). En revanche, la pollution suit le même rythme qu’en 2018 (9 jours).

« Traditionnellement, les mois de mars et avril sont propices aux pollutions atmosphériques, explique Atmo, association chargée de surveiller la qualité de l’air. Les conditions météo printanières sont souvent favorables aux différentes combinaisons de particules secondaires dont les sources sont multiples. »

Le nitrate d’ammonium en cause

« A part le trafic routier qui a baissé, toutes les autres sources d’émissions polluantes sont globalement maintenues, précise EELV dans son communiqué. L’analyse de la composition des particules met en relief la contribution de la biomasse, c’est-à-dire le chauffage au bois et le brûlage de déchets verts, lequel est pourtant interdit*, mais surtout celle des nitrates d’ammonium, dont l’origine sont les épandages de lisier ou d’engrais azotés chimiques pour la fertilisation des sols. »

Les nitrates d’ammonium font bien partie des particules secondaires mises en évidence lors des récents épisodes de pollution, « mais il est impossible de savoir à quel degré elles participent à la mauvaise qualité de l’air », précise Atmo. Dans les faits, les scientifiques ont besoin d’informations supplémentaires pour pouvoir modéliser l’incidence de l’agriculture. « Il faudrait notamment des données sur l’épandage pour pouvoir calculer des hypothèses d’évolution », note Atmo.

Amélioration de la qualité de l’air ?

Une requête concernant les restrictions d’épandage pendant la période de confinement avait été déposée auprès du conseil d’Etat, début avril, par l’association de protection de l’environnement Respire. L’instance juridique avait rejeté la demande, estimant que la loi prévoyait déjà cette mesure de restriction en cas d’épisode de pollution.

Or, le juge a relevé que, « contrairement à 2019, aucun dépassement du seuil d’alerte de pollution n’a été observé entre le 15 mars et le 14 avril, période marquée par une forte réduction des pollutions issue de l’activité industrielle et des transports ». Dans les Hauts-de-France, la présence du dioxyde d’azote (lié au transport et au chauffage) dans l’air a été réduite de 23 % par rapport à l’an dernier.

« L’agriculture et la voiture ne sont pas les seules causes de la pollution aux particules fines qui ont plusieurs sources, note Atmo. Néanmoins, le confinement a évité des épisodes de pollution plus forts et plus longs. »

* La pratique du brûlage à l’air libre des déchets verts est passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 450 euros.