Coronavirus: Le Covid-19 frappe plus durement les personnes obèses, selon une étude

SANTE Une étude menée par le centre hospitalier de Lille confirme un lien entre obésité et la forme sévère du Covid-19

Gilles Durand

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Illustration de l'obésité.
Illustration de l'obésité. — Alexis Duclos/SIPA
  • Une étude sur les comorbidité montre que les patients souffrant d’obésité ont sept fois plus de risques d’être placés sous ventilation que les malades avec un poids normal.
  • Les trois régions les plus touchées par l’épidémie du Covid-19 sont également celles qui sont les plus concernées par le fléau de l’obésité.
  • « Cela pourrait expliquer pourquoi l’épidémie de Covid-19 évolue si rapidement aux Etats-Unis », estime Réseau environnement santé.

Mieux vaut ne pas être en surpoids face au coronavirus. Une étude* sur les comorbidités, réalisée par les équipes du CHU de Lille et publiée, le 9 avril, dans la revue Obesity, montre que les patients souffrant d’obésité ont sept fois plus de risques d’être placés sous ventilation que les malades avec un poids normal.

A Lille, près de la moitié (47,6 %) des patients admis en soin intensif était obèse, 28,2 % étant au stade obésité sévère. Et ce sont 85,7 % de ces derniers qui ont été mis sous ventilation, selon l’étude lilloise.

Inertie des pouvoirs publics

Or, les trois régions les plus touchées par l’épidémie du Covid-19 (Hauts-de-France, Grand Est et Île-de-France) sont également celles qui sont les plus concernées par cette autre épidémie qu’est l’obésité, considérée comme une maladie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

« Cela pourrait expliquer pourquoi l’épidémie de Covid-19 évolue si rapidement aux Etats-Unis où l’obésité touche 42 % de la population », constate le collectif Réseau environnement santé (RES) qui dénonce l’inertie des pouvoirs publics sur le sujet.

« En 2018, un vote de l’assemblée générale de l’ONU a demandé l’arrêt de la progression de l’obésité et du diabète d’ici à 2030. Or, on constate la faiblesse de la politique de santé environnementale en France pour atteindre cet objectif. La mobilisation n’est pas à la hauteur de l’enjeu sanitaire », s’insurge André Cicolella, chimiste et président de RES.

« Nous risquons d’en payer le prix fort aujourd’hui »

Ainsi, une augmentation régulière de l’obésité et du surpoids a été observée entre 1997 et 2012 dans la population française. Une étude, Constances, publiée en 2017 et basée sur une cohorte de 200.000 personnes, donne les chiffres de 15,7 % pour l’obésité et 33,1 % pour le surpoids en France.

Dans les Hauts-de-France, notamment, l’obésité atteignait 21,5 % de la population en 2012, selon la dernière estimation de l’étude Obépi, avec une progression de 61,5 % en quinze ans. Selon André Cicolella, « le virus progresse dans un terrain favorable ».

« Nous risquons d’en payer le prix fort aujourd’hui, déplore-t-il. Car ce constat vraisemblable d’une plus grande fragilité liée à l’obésité et au surpoids ne doit évidemment pas se traduire par un discours stigmatisant renvoyant à une responsabilité purement individuelle. Les données scientifiques sont très claires sur les rôles de l’alimentation ultra-transformée, la sédentarité, mais aussi les perturbateurs endocriniens. »

* L’étude a porté sur 124 malades admis en soin intensif.