VIDÉO. Coronavirus : La frontière franco-belge est-elle vraiment fermée ?

REPORTAGE Les mesures de confinement liées au coronavirus empêchent désormais Français et Belges de se côtoyer

Mikaël Libert

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Un contrôle de police à la frontière franco-belge.
Un contrôle de police à la frontière franco-belge. — M.Libert / 20 Minutes
  • La frontière franco-belge est fermée à cause du coronavirus.
  • Des deux côtés, les commerces sont fermés, y compris les tabacs.
  • Les stations-service belges, qui vendent des cigarettes, accueillent toujours beaucoup de Français.

Et au milieu (re) passe une frontière. Dans son allocution du lundi 16 mars, le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, avait annoncé des mesures de confinement pour tâcher d’endiguer la propagation de l’épidémie de coronavirus. Parmi elles, il avait décrété la fermeture des frontières, notamment avec la Belgique. 20 Minutes est allé voir sur le terrain ce qu’il en était.

Dans la plupart des villes frontalières, on ne distingue plus la démarcation entre les deux pays. On boit des coups, on travaille ou on fait ses courses indifféremment d’un côté ou de l’autre. Sauf pour le tabac. Là, en termes de prix, c’est bien chez nos voisins qu’il faut aller. D’ailleurs, rares sont les bureaux de tabac à avoir survécu du côté français. Pour passer de Comines France à Comines Belgique, il suffit de franchir un pont.

« On voit encore quelques Français, mais c’est rare »

Et ce lundi, malgré les décisions gouvernementales contre le Covid-19, pas un policier à l’horizon pour contrôler les allées et venues. En fait, c’est inutile, puisque les commerces belges sont eux aussi fermés depuis une semaine. Y compris les fameux tabacs aux prix cassés. Dans la rue du Fort, qui relie les deux Comines, seule la boucherie « Au sanglier » est ouverte. « On fait comme d’habitude pour l’instant, on verra par la suite », glisse une employée. Pourtant, la majorité des clients vient de France. « On voit encore quelques Français, mais c’est rare. Alors maintenant, ils commandent et nous les livrons de l’autre côté de la frontière », explique la commerçante.

A quelques kilomètres de là, entre Halluin (France) et Menin (Belgique), des policiers sont en poste à la frontière. Comme les points de passage entre les deux pays sont nombreux, les agents de ces deux villes ont reçu des renforts. Côté belge, deux fonctionnaires de la police fédérale supervisent les entrées sur leur territoire. Côté français, trois agents, dont un qui travaille habituellement en centre de rétention. « Il y a encore pas mal de passage, mais les gens sont en règle. Nous n’en avons verbalisé que deux depuis ce matin », explique ce dernier. Il a néanmoins dû refouler de nombreux Belges, habitués à venir faire leurs courses dans le supermarché côté français.

Des amendes qui peuvent faire très mal

Les petits malins vont ailleurs. Sur l’autoroute entre Tourcoing et Gand, on passe la frontière au niveau de Neuville-en-Ferrain. Là, les habitués le savent, il n’y a plus rien qui marque la séparation entre les deux pays. Cela fait bien longtemps que les bâtiments des douanes ont disparu. Les policiers ne pouvant se mettre en travers de l’autoroute, il n’y a donc aucun contrôle.

Pas besoin de s’enfoncer très loin en territoire belge pour trouver une station-service dans laquelle on peut aussi acheter du tabac. « Rien qu’en une heure, j’ai déjà servi huit Français qui ne venaient que pour des cigarettes », explique l’employé. Au niveau des pompes, trois voitures sur quatre sont immatriculées en France. « Moi je suis Français et je travaille en Belgique, alors j’en profite pour ravitailler les amis. Tous les tabacs près de chez moi sont fermés », assure Arnaud, deux cartouches en main. « C’est sûr qu’on voit moins de Français qu’avant, même s’il y en a encore beaucoup », poursuit le pompiste. Pourtant, en cas de contrôle, l’infraction peut coûter cher. A l’image de ce Français qui est venu faire le plein de sa voiture en Belgique, et qui est reparti avec une amende de 4.116 euros. Un mauvais calcul en termes d’économies.