Coronavirus : Près de 2.000 molécules testées à l'Institut Pasteur de Lille pour trouver un traitement rapide

RECHERCHE L'Institut Pasteur de Lille et la société pharmaceutique Apteeus vont unir leurs forces pour tester 1.900 molécules suceptibles de servir de traitement contre le coronavirus

Gilles Durand

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La plateforme de criblage qui sera utilisée pour une partie du travail de recherche sur le coronavirus. Ne se trouvant pas dans une enceinte sécurisée, elle ne peut pas accueillir le virus.
La plateforme de criblage qui sera utilisée pour une partie du travail de recherche sur le coronavirus. Ne se trouvant pas dans une enceinte sécurisée, elle ne peut pas accueillir le virus. — G. Durand / 20 Minutes
  • L’Institut Pasteur de lille et la société pharmaceutique Apteeus vont tester environ 1.900 molécules pour trouver celles qui pourraient empêcher les symptômes du Covid-19.
  • Ce projet de recherche fait partie de la vingtaine lancée en France.
  • Les premiers résultats doivent tomber d’ici un mois.

On n’en est qu’au début, mais l’Institut Pasteur de Lille (IPL) se mobilise aussi contre le coronavirus. L’objectif, dans les semaines qui viennent, est de tester environ 1.900 molécules pour trouver celles qui pourraient éventuellement empêcher les symptômes du Covid-19. Ce projet de recherche fait partie de la vingtaine lancée en France. Les premiers résultats doivent tomber d’ici un mois.

Les recherches ont-elles pris un peu de retard ?

Alors que certains essais cliniques commencent à voir le jour en France, l’IPL n’en est encore qu’aux expérimentations in vitro, c’est-à-dire en laboratoire. Pour mener ces travaux de recherche, il fallait des cellules-souches du virus. Or l’IPL n’a reçu un échantillon efficace qu’à la fin février, en provenance de Lyon.

Une première souche obtenue à Paris quelques jours plus tôt, n’avait pas pu être exploitée de façon optimale. Voilà néanmoins trois semaines que Pasteur Lille « cultive » avec succès ce virus lyonnais qui « doit commencer à être testé dans quinze jours », assure Terence Beghyn, président d’Apteeus, une entreprise de recherche et développement pharmaceutique.

Cette dernière s’est spécialisée, depuis plusieurs années, dans la découverte d’activité insoupçonnée de médicaments ou molécules connus. « Le but est de pouvoir modifier leur usage thérapeutique », explique Terence Beghyn à 20 Minutes.

Hormis la chloroquine, un autre médicament peut-il être efficace ?

La société Apteeus met à disposition une collection de 1.900 molécules (médicaments, excipients de médicaments ou additifs alimentaires) approuvées chez l’homme. Elle va servir à faire des tests sur ce nouveau coronavirus Sars-CoV-2 qui provoque le Covid-19. La chloroquine, qui semble prometteuse, fera partie des molécules expérimentées.

« Il s’agit d’identifier au plus vite des médicaments, parmi ceux disponibles dans le monde, capables d’inhiber le virus, et démarrer un essai clinique en lien avec les médecins », explique Terence Beghyn. Pour ce faire, 1.900 cellules infectées vont être mises en contact in vitro avec ces molécules pour vérifier si ces dernières sont capables ou non d’empêcher l’entrée ou la multiplication du virus.

« Les tests vont aller très vite, précise le président d’Apteeus. En quelques jours, nous aurons les premiers résultats qu’il faudra analyser. » Ce sera le travail de l’équipe de virologie de Jean Dubuisson, directeur de recherche CNRS à Pasteur Lille qui mobilise plusieurs laboratoires spécialisés sur cette recherche de traitement.

Peut-on trouver un vaccin pour plusieurs coronavirus ?

Les SARS-CoV en 2003 et le MERS-CoV en 2012 étaient déjà des coronavirus émergents très pathogènes, hébergés par des animaux avant d’être soudainement transmis à l’homme. « A plus long terme, l’intérêt est d’élaborer un traitement avec un spectre d’action plus large qui viserait tous les coronavirus connus, voire ceux qu’on va découvrir dans l’avenir », explique Terence Beghyn. Ce fameux vaccin tant attendu, mais qui ne verra pas le jour avant plusieurs mois.

Actuellement, environ 80 traitements sont déjà testés dans le monde pour le SARS-CoV-2. L’IPL et Apteeus espèrent élargir encore un peu le spectre de la recherche sur d’autres molécules que les antiviraux recensés. « On va peut-être découvrir une activité antivirale chez une molécule utilisée pour un autre usage, comme c’est le cas de la chloroquine, par exemple », espère Terence Beghyn. Et la transformer en une nouvelle arme pour les potentielles futures épidémies et pandémies.