Coronavirus à Lille : Les pensionnaires oubliés des centres de rétention

EPIDEMIE Dans les centres de rétention administrative (CRA), la situation inextricable des personnes en attente de reconduite à la frontière

Mikaël Libert

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Les CRA fonctionnent à huis-clos (illustration).
Les CRA fonctionnent à huis-clos (illustration). — S.Ortola / 20 Minutes
  • La France entame son 2e jour de confinement contre l’épidémie de coronavirus.
  • Les centres de rétention administrative sont aussi concernés par ces mesures.
  • Les personnes en attente d’éloignement du territoire sont bloquées en rétention.

Retenus à défaut d’être renvoyés. En raison du confinement lié à l’épidémie de coronavirus, il n’y a pas que l’économie qui tourne au ralenti. Les services administratifs ne sont pas épargnés ainsi que les tribunaux. Retenues dans des centres de rétention administrative (CRA), les personnes en situation irrégulière sur le sol français faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire (OQTF) sont dans le flou. Ni libérés, ni expulsés, certains de ces sans papiers ont entamé une grève de la faim.

« Je devais être renvoyé au Maroc il y a quelques jours mais les vols ont été annulés. Alors on me garde ici et on ne me dit rien », explique par téléphone à 20 Minutes un jeune homme retenu dans un CRA du département. Lui était volontaire pour rentrer dans son pays d’origine, ce qui n’est pas le cas de ses nombreux compagnons de galère. « On est beaucoup ici. Certains avaient une famille, un logement ou un travail. On se retrouve enfermés sans même savoir ce que l’on va faire de nous », poursuit le jeune marocain.

« Ils n’ont aucune perspective d’éloignement »

Depuis que les mesures de confinement ont été renforcées pour lutter contre le coronavirus, les accès aux centres de rétention ont été fermés à toutes les personnes extérieures. « Ni les associations, ni les avocats ne peuvent entrer pour voir les personnes retenues qui, en plus, n’ont aucune perspective d’éloignement », regrette maître Emilie Dewaele, avocate spécialisée dans le droit des étrangers.

Et l’avocate n’est pas la seule à s’inquiéter de la situation des personnes en CRA. La Ligue des Droits de l’homme (LDH) et le bâtonnier de l’ordre des avocats de Lille ont chacun écrit une lettre au préfet pour l’alerter. « Il nous semble nécessaire de lever les mesures de rétention après avoir examiné les personnes et pris les mesures pour assurer dans de bonnes conditions une garantie sanitaire », écrit la LDH.

Des audiences au compte-gouttes et en visioconférence

Libérer ces personnes ? Pas si facile. « Mardi, il n’y a eu qu’une seule audience du juge des libertés au cours de laquelle quelques personnes ont été libérées, assure maître Dewaele. Et ces audiences ne se font qu’en visioconférence et seulement pour les personnes qui étaient convoquées », déplore-t-elle.

Selon l’avocate et le jeune homme retenu au CRA, il n’y a pas de mesure particulière concernant l’épidémie. Contactée par 20 Minutes à ce sujet, la préfecture n’a pas donné suite. Dans le seul CRA de Lesquin, près de l’aéroport, plus de 70 personnes sont actuellement retenues. « Certains ont d’ailleurs entamé une grève de la faim pour qu’on ne les laisse pas dans cette situation », assure maître Dewaele.